Sans nom est une fanfiction sur Loveless que j'avais abandonné et que je viens de reprendre. Pour lire le début, c'est ici


Chapitre 4


« Agatsuma-san étant arrivé au dernier moment, nous n’avons pas eu le temps de vous le présenter. »

Vu le ton de Miyagusuku-sensei, professeur des 6ème 1, cela sonnait comme un reproche mais Sôbi n’en avait strictement rien à faire.

« Voici donc Agatsuma Sôbi qui sera l’un de vos accompagnateurs pour ce voyage. Tout comme Kaïdô Kio, il est étudiant en art. Ils font d’ailleurs tous les deux partie de la même classe. »

Et ils sont amis… Si ce n’est plus, ajouta mentalement Miyagusuku-sensei avec un certain déplaisir. Ce n’était pas qu’il était homophobe, c’est juste que… Qu’il ne voulait pas que ces deux-là aient des gestes déplacés en présence des enfants. S’il avait pu avoir la moindre confirmation de ce qu’il pensait avant le voyage, il aurait certainement tout fait pour que ces deux-là ne participent pas au séjour.

« Si vous avez un problème, vous pouvez vous adresser à lui. » finit Miyagusuku-sensei.

Le professeur rejoignit ensuite sa place tandis que Sôbi faisait de même sous le regard attentif des élèves qui se demandaient à quel autre élève il pouvait être lié.

« Sans doute à Aoyagi, finit par dire l’un d’eux. Ils sont arrivés ensemble.

-Vous pensez que c’est son frère ?

-Arrête ! Ils ne se ressemblent pas du tout !

-Faudrait demander à Aoyagi. »

Un silence suivit cette phrase. Personne n’avait envie d’aller parler à ce type.

« On pourrait demander à Hawatari. Elle traîne toujours avec lui. Elle doit bien savoir qui c’est. »

Oui, ils allaient faire ça… Enfin, dès qu’Hawatari se serait éloignée d’Aoyagi.

Mais les élèves n’avaient pas été les seuls à suivre le Combattant du regard, la tante de Yayoi avait fait de même. Vraiment pas mal, pensa-t-elle. D’habitude les mecs aux cheveux longs c’est pas mon truc mais je veux bien faire une exception pour lui. Mais avant cela…

« Dîtes, vous êtes ensemble Agatsuma-san et vous ? » demanda-t-elle à mi-voix à son voisin tout en continuant de regarder Sôbi qui venait de s’asseoir aux côtés d’une Shinonome-sensei toute tremblante.

-J’aimerais bien, marmonna Kio, mais je ne suis pas son type apparemment… Et je vous préviens tout de suite, vous ne l’êtes pas non plus.

-C’est quoi son type alors ? »

Les gamins de douze ans… Ou pour être plus précis le seul frère d’une espèce de sadique. Tu pourrais au moins être discret Sôchan. Arrête de passer ton temps à le regarder !

En effet, le regard de Sôbi ne quittait pas Ritsuka mais apparemment Kio était le seul à l’avoir remarqué. Le regard de l’étudiant se posa ensuite sur le petit frère de Seime. Ritsuka avait tourné la tête vers le hublot et il observait les nuages. A côté de lui se trouvait Yuiko et son regard ne quittait pas le jeune garçon aux cheveux bruns… Au grand dam du neveu de sa voisine évidemment. Yuiko s’inquiétait pour Ritsuka tout comme Kio s’inquiétait pour Sôbi. Ils avaient été les derniers à embarquer avec Shinonome-sensei. Ils avaient attendu Ritsuka et Sôbi jusqu’au dernier moment. Yuiko lui avait même demander ce qu’il se passait mais il n’avait pas su répondre à sa question. Lui non plus, il ne savait pas ce qui était en train de se passer… Pas vraiment du moins… C’était le secret de Sôbi… Et de Ritsuka… Sans oublier Yôji et Natsumi… Et la seule chose que Kio savait de ce secret c’était que Sôbi pouvait revenir blessé mais sans savoir comment il pouvait recevoir de telles blessures. On ne pouvait pas recevoir de telles blessures dans un combat… Normal. C’était impossible !

Une autre chose étonnait Kio. C’était la vitesse à laquelle Sôbi pouvait récupérer. Une fois… C’était encore au temps de Seime… Son ami était revenu les vêtements en sang, avec de multiples coupures au visage et sur l’ensemble de son corps mais il avait surtout une longue estafilade assez profonde dans le dos. Kio avait réussi à examiner la plaie pendant que Sôbi dormait d’un sommeil de plomb qui l’avait également étonné. D’habitude, son ami était toujours sur le quai vive. Le plus petit bruit le réveillait mais ce ne fut pas le cas cette fois-ci.

Il put examiner la blessure comme il le désirait. Ce n’était pas une simple plaie. Au bord de celle-ci, la peau était rougie, ridée… Comme si la peau avait été brûlée. La blessure était grave mais Sôbi n’avait pas voulu se rendre à l’hôpital.

« J’ai juste besoin de dormir. » avait-il dit.

Il avait été absent aux cours pendant deux ou trois jours après ça. Kio l’avait couvert. Lorsqu’il fut de retour, il n’y avait plus aucune trace de coupure sur son visage. Quand à la plaie qu’il avait dans le dos… Sôbi faisait comme si de rien n’était mais elle devait toujours être là. Kio le savait pertinemment. Il s’était souvent demandé si cette blessure était l’œuvre de Seime. Il avait même osé poser la question à Sôbi mais son ami n’avait pas daigné y répondre.

Kio soupira. Après la mort de Seime, et avant la rencontre avec Ritsuka, les blessures étranges avaient cessé mais… Sôbi n’était plus du tout lui-même à ce moment-là. Maintenant, tout recommençait mais Kio devait reconnaître que les blessures étaient beaucoup moins graves. Ce n’était pas la seule chose qui avait changé. La présence de ce gamin faisait du bien à Sôbi et Kio ne l’en remercierait jamais assez.


             Ritsuka regardait les nuages sans vraiment les voir. Son esprit était ailleurs. Il ne cessait de se demander comment allait Yôji et Natsumi… S’ils avaient gagné leur combat contre la nouvelle paire que leur avait envoyé les Sept Lunes.

Il ferma les yeux pendant un instant pour mieux revenir en arrière… Pour mieux se souvenir de ce qui s’était passé plus tôt.



Ritsuka courrait mais il fut rapidement obligé de s’arrêter, à bout de souffle. La course folle qui avait eu lieu plus tôt l’avait épuisé.

« On va se reposer cinq minutes. » suggéra-t-il à Sôbi.

Au lieu de répondre, le Combattant l’agrippa par le bras puis l’attira contre lui et malgré les protestations naissante du jeune garçon, il le souleva et le prit dans ses bras.

« Sôbi, pose-moi par terre tout de suite ! »

Bien évidemment, tout le monde se retourna en entendant son cri et Ritsuka se mit à rougir. Comme si cela ne suffisait pas, Sôbi pencha la tête vers lui.

« Nous arriverons plus rapidement si je te porte. »

L’adulte avait raison. Ritsuka se détendit un peu.

« D’accord mais tu as intérêt à me poser par terre avant que nous arrivions vers les autres. Il n’est pas question qu’on nous voit comme ça.

-Bien mon maître. » répondit Sôbi en souriant.

Mais le Combattant s’autorisa tout de même une légère fantaisie... Juste avant de se redresse, ses lèvres se posèrent sur la tempe du Sacrifice

« Sôbi ! » cria une nouvelle fois Ritsuka.

Mais cette fois-ci, les personnes qui les entouraient ne contentèrent pas de se retourner à son cri.

« Tu as besoin d’aide mon garçon ? demanda un homme d’une quarantaine d’année à Ritsuka tout en jetant un regard méfiant à Sôbi.

-Non… Non… Il… il n’y a aucun problème. » balbutia le jeune garçon.

Cet homme n’entendit jamais la suite de la phrase de Ritsuka. Sôbi avait repris sa course.

« Je t’interdis de faire ce genre de chose quand nous ne sommes pas seuls, souffla tout d’un coup Ritsuka.

-Est-ce un ordre ?

-Oui. »

Sôbi sourit. Ritsuka n’avait pas l’air de se rendre compte du sous-entendu que contenait son ordre et Sôbi se garda bien de le lui faire remarquer… Pour le moment du moins.

Quelques secondes plus tard, Ritsuka perçut de nouveau l’étrange bourdonnement qui les avait alerté de la présence des deux adolescentes chargées de les poursuivre.

« Qu’est-ce que c’est ? demanda Ritsuka.

-Le combat a commencé. » lui apprit Sôbi.

A partir de ce moment-là, l’inquiétude du jeune Sacrifice pour Yôji et Natsumi n’avait pas cessé…



Il faut que je pense à autre chose, se dit Ritsuka pour la énième fois en dix minutes. Je n’ai aucune raison de m’inquiéter. C’est une paire qui est puissante et ils ne ressentent pas la douleur. Pense à autre chose. Une image s’imposa alors à l’esprit de Ritsuka… Sôbi. Non ! Pas lui ! Je pense déjà beaucoup trop à lui.

Il devait penser à autre chose. La raison pour laquelle les Sept Lunes voulaient l’empêcher d’aller à Paris par exemple. Cela avait-t-il un rapport avec Seime ?

Une voix connue mais plus timide que d’habitude s’éleva.

« Ritsuka-kun ? »

Aucune réponse.

« Ritsuka-kun ? » insista Yuiko.

Elle dut dire le prénom de son ami une troisième fois avant qu’il ne se décide à se tourner vers elle et à lui répondre.

« Qu’y a-t-il Yuiko ? »

Son amie semblait soucieuse.

« Yui… Je voudrais savoir ce qu’il s’est passé tout à l’heure. Pourquoi Ritsuka-kun et Sôbi-san ont-ils dû partir tout d’un coup ? »

Ritsuka la regarda pendant un long moment sans savoir quoi répondre. Comment pouvait-il lui expliquer ce qu’il commençait tout juste à comprendre lui-même ? Mais surtout… Il allait devoir lui dire ce qu’était Sôbi et peut-être même lui parler de… Bon sang ! Rien qu’en pensant aux baisers que Sôbi et lui avaient échangé il se sentait rougir.

« C’est quoi cette histoire de combattant ? » demanda ensuite Yuiko.

Comment… C’est vrai ! Yôji a…

« C’est… C’est… »

Le regard de Ritsuka se posa alors sur Sôbi qui se trouvait sur la même rangée de siège mais à quelques mètres de lui. Qu’aurait-il répondu à Yuiko s’il avait été à sa place ?

Comme s’il avait senti le poids de son regard, Sôbi se retourna et leurs regard se croisèrent. Le Combattant comprit aussitôt que quelque chose n’allait pas. Ses yeux prirent une lueur interrogatrice.

« C’est… » répéta encore une fois Ritsuka.

Son regard restait plongé dans celui de Sôbi.

« C’est un jeu de rôle. » s’entendit soudain répondre le jeune garçon.

Il s’arracha enfin du regard de son Combattant pour fixer Yuiko.

« C’est un jeu de rôle. » répéta Ritsuka.

Yuiko le fixa pendant un long moment.

Elle ne me croit pas… De toute façon, comment pourrait-elle croire un truc comme ça ? C’est…

Sa camarade de classe se mit alors à sourire.

« Je n’aurais jamais pensé que Sôbi-san aimait ce genre de chose. »

Elle… Elle me croit… Ritsuka n’en revenait pas.

« Comment ça s’appelle ? demanda Yuiko.

-Comment s’appelle quoi ?

-Ce jeu ! »

Ritsuka lui dit la première chose qui lui passa par la tête.

« Spell Battle. »

L’enthousiasme habituelle de Yuiko fit son apparition.

« Comment ça se joue ? Tu pense que Yuiko peut y participer ? »

Le flot de question devint abondant. Ritsuka ne pouvait pas en placer une mais ce n’était pas pour lui déplaire.

« Quand est-ce que tu as commencer à y jouer ? Est-ce que… »

Ritsuka ne put s’empêcher de pousser un soupir. Yuiko se tut aussitôt et baissa la tête.

« Pardon. »

Pourquoi s’excuse-t-elle ? Ça serait plutôt à moi de le faire… Je viens de lui mentir…

            « Yuiko ne voulait pas embêter Ritsuka-kun avec ses questions. » ajouta Yuiko.

Ritsuka aurait voulu répondre que ses questions ne l’embêtait pas mais il ne s’en sentait pas capable. S’il avait dit ça, il lui aurait menti une fois de plus et il n’aimait pas mentir. Mais n’était-ce pas déjà trop tard ?

Je ne pouvais tout de même pas lui dire la vérité…

Le jeune garçon se leva.

« Où vas-tu Ritsuka-kun ?

-Je… »

J’ai besoin d’être seul.

« Au toilette. » dit-il.

Il venait de lui mentir encore une fois.

« Je reviens dans cinq minutes. »



           Les adultes avaient fini par désigner grâce à un tirage au sort qui accompagnerait officiellement quelle classe et le hasard avait plutôt bien fait les choses. Kaido-san se retrouvait surveillant des 6ème 1 en compagnie de Miyagusuku-sensei, ce qui était une bonne chose puisque le jeune homme devenait plus sage dès que l'ancien militaire se trouvait dans les parages. Mais ce coup du sort ne semblait pas avoir l'approbation des deux intéressés. Pour l'un, l'annonce avait été salué d'un « C'est injuste ! Je veux être avec Sô-chan ! » tandis que l'autre était resté silencieux mais Shinonome-Sensei avait compris que son collègue était d'une certaine manière encore plus opposé à cette association que l'ami d'Agatsuma-san. Le professeur de Ritsuka se demandait pour quelle raison... Sans doute, les mêmes que les siennes. Kaïdo-san semblait toujours si plein d'énergie qu'il en devenait presque épuisant.

             Hitomi se serait sans doute bien entendue avec la tante de Yayoï mais elle avait tout de même la sensation que cette dernière était beaucoup mieux en compagnie de Jahana-sensei. Après tout, elles avaient déjà l'air de s'entendre comme larrons en foire.

             Oui, en y réfléchissant bien, le hasard avait bien fait les choses. Agatsuma-san était sans doute le partenaire qui lui convenait le mieux... Si seulement elle n'avait pas eu aussi peur de lui.

              Hitomi soupira. Il fallait qu'elle prenne son courage à deux mains et qu'elle lui parle. Ils allaient devoir faire équipe après tout. La jeune femme se retourna donc sur le côté pour faire face à son co-équipier mais ce dernier était en train de regarder ailleurs.

               « A... Agatsuma-san ? »

Il ne se retourna pas, ni ne répondit.

« Agatsuma-san ? »

Sa voix était un peu moins hésitante et tremblante.

Il ne se retourna tout de même pas. Que pouvait-il donc bien fixer avec autant d'attention ? Shinonome-sensei se pencha pour en avoir le cœur net. Évidemment... Aoyagi-kun.

Son jeune élève avait l'air de discuter avec Himawari-san mais son regard était plongé dans celui de l'adulte et ne semblait pas vouloir le quitter. Aoyagi-kun finit tout de même par détourner les yeux tout en continuant de parler à son amie. Agastuma-san ne bougea pas.

« Agastuma-san ? » appela pour la troisième fois Hitomi.

Il ne se retourna toujours pas mais répondit cette fois-ci.

« Un problème Sensei ? »

Hitomi frémit. Pourquoi sa voix lui semblait-elle si ironique lorsqu'il disait ce mot ? Pensait-il qu'elle n'était pas faite pour être professeur ?

« Je... Je voulais juste vous dire que j'étais contente de faire équipe avec vous. »

Il se tourna enfin vers elle.

« Vous êtes sûre ? Vous n'auriez pas préféré Kio-san ou ...-san ?

-Non. Je suis contente que ce soit vous. Votre ami est un peu trop... »

Elle se tut. Et s'il n'appréciait pas qu'elle critique son ami ?

« Excusez-moi, fit-elle quelques minutes plus tard. Je n'aurais pas dû...

-Pourquoi ? L'interrompit-il. Je sais parfaitement comment peut-être Kio. »

Hitomi baissa la tête, honteuse. Pourquoi lui donnait-il toujours l'impression d'être une petite fille ? Elle releva la tête. Son voisin en avait profité pour tourner de nouveau la sienne.

« Agatsu... »

Shinonome-sensei s'interrompit en le voyant se lever. Il s'éloigna ensuite à grand pas vers le fond de l'avion. Elle se leva à son tour.

« Agatsuma-san ! Appela-t-elle. Où allez-vous ? »

Le Combattant s'arrêta puis se tourna vers elle tout en retenant in extremis la réplique acerbe qui lui était venu aux lèvres quand il l'avait entendue l'appeler. Na pas faire pleurer mon professeur, avait dit Ritsuka et ce n'était que l'un des points de la longue liste d'ordre que lui avait donné son jeune Sacrifice quelques jours auparavant.

« Ne vous inquiétez pas Sensei. Je serais de retour dans quelques minutes. Vous ne vous apercevrez même pas de mon absence. » répondit Sôbi en souriant.

Il dut une nouvelle fois retenir les paroles cruelles qui lui étaient venues à l'esprit en voyant rougir le professeur de son Sacrifice. Combien de fois faudra-t-il vous le dire ? Ne m'aimez pas. Je n'ai besoin que d'une seule personne dans ma vie et ce n'est pas vous.

 « A tout à l'heure Sensei. » ajouta-t-il en lui faisant un petit signe de la main puis il se reoturna.

Maintenant qu'il avait réglé le problème Shinonome-sensei, il pouvait partir à nla recherche de Ritsuka.

Son Sacrifice actuel semblait avoir un sixième sens qui lui permettait de trouver l'endroit le plus désert en n'importe quel lieu et cela même lorsqu'il se trouvait dans un espace aussi réduit que celui d'un avion. Mise à part les hôtesses qui allaient et venaient, il n'y avait personne ici. Ritsuka s'était une nouvelle fois assis sur le siège qui se trouvait du côté du hublot. Il était aussi pensif que quelques minutes plus tôt, lorsqu'il se trouvait encore assis à côté de Yuiko.

Sôbi s'approcha. Ritsuka ne se retourna pas. Il semblait ne pas l'avoir entendu. Le Combattant se pencha tout en posant la main sur la joue de son Sacrifice pour l'obliger doucement à se tourner vers lui. Avant qu'il ne puisse protester, il l'embrassa.

« Sôbi ! Fit Ritsuka à voix basse d'un ton courroucé. Je t'avais dit... »

Il ne réussit pas à finir sa phrase. Sôbi s'était installé à côté de lui puis l'avait attiré contre lui. Le jeune garçon se trouvait maintenant sur les genoux de l'adulte, le côté de sa tête reposant contre son épaule.

La main de Sôbi retrouva sa joue et obligea une nouvelle fois Ritsuka à lui faire face. Leurs regards se croisèrent pendant quelques secondes. Le jeune garçon détourna les yeux lorsque la main qui se trouvait sur sa joue se fit plus caressante.

« Comme tu ne m'as jamais interdit de te dire que je t'aimais, tu ne m'as jamais ordonné de ne pas faire ce genre de chose quand nous sommes seuls. » murmura le Combattant.

Il se pencha une nouvelle fois vers Ritsuka et il posa les lèvres sur son front. Elles finirent par descendre jusqu'à sa bouche tout en continuant de l'embrasser.

« Je t'aime Ritsuka. »

Le jeune Sacrifice empâcha finalement Sôbi de l'embrasser sur les lèvres encore une fois.

« Que feras-tu si quelqu'un vient ? Lui demanda-t-il.

-Je ferais ce qui doit être fait.

-Tu mentiras, affirma Ritsuka en tournant la tête.

-Si c'est ce que tu m'ordonnes de faire, je...

-Comme si tu avais besoin d'un ordre de ma part pour mentir. »

Il échappa ensuite à l'étreinte de Sôbi et retrouva son siège. Ritsuka tourna de novueau la tête pour regarder les nuages. Un long silence sépara l'adulte et l'enfant.

« Pourquoi mens-tu ? » demanda tout d'un coup Ritsuka sans même tourner la tête vers Sôbi.

Pour la troisième fois, la main se posa sur sa joue pour l'obliger à faire face au Combattant.

« Parce qu'il y a des choses qui doivent restées secrètes... cachées. » répondit Sôbi.

Des choses qui doivent restées secrètes, cachées... N'était-ce pas pour cette raison qu'il avait menti à Yuiko tout à l'heure ?

« Pourquoi doit-tu me cacher certaines choses ? Questionna Ritsuka.

-Parce que Seime m'a ordo...

-Je ne parlais pas des Sept Lunes ! » fit Ritsuka d'un ton furieux.

Son regard échappa une fois de plus à celui de son Combattant.

« Je ne parlais pas seulement des Sept Lunes. »

Ce ne fut qu'un murmure. Ritsuka releva la tête pour se plonger de nouveau dans le regard de Sôbi.

« Pourquoi m'as-tu caché tes combats contre Zéro ? Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu t'étais blessé ? Pourquoi ne me parles-tu jamais de ton passé ? »

Ce fut au tour des yeux bleus d'éviter le regard améthyste.

 Parce que je voulais te protéger... Parce que je ne voulais pas t'inquiéter... Parce que je ne veux pas que tu connaisses mon passé. Si tu le connaissais, tu... Tu t'éloignerais sûrement de moi et je ne pourrais pas le supporter.

 Sôbi ferma les yeux. Comment aurai-il pu lui parler de son passé ? Ce n'était encore qu'un enfant et il souffrait déjà beaucoup par lui-même. Nul n'était besoin d'ajouter sa souffrance à la sienne. De plus, connaissant son Sacrifice, il aurait certainement pitié de lui et d'une certaine manière c'était encore pire qu'un possible rejet.

La sensation d'une petite main qui se posait sur sa joue lui fit rouvrir les yeux. Sôbi fut quelque peu surpris. Il était si rare que ce soit Ritsuka qui initie le contact entre eux. La main du Combattant couvrit celle du Sacrifice. Il l'apporta ensuite jusqu'à sa bouche afin d'en embrasser la paume.

« Ritsu... C'est le nom du professeur que tu as eu à l'école des Combattants n'est-ce pas ?

-Oui, répondit Sôbi entre deux baisers sur la paume de Ritsuka tout en se demandant pour quelle raison il lui posait cette question.

-C'est lui n'est-ce pas ? »

Les baisers cessèrent. Sôbi lança un regard interrogateur à Ritsuka. Que voulait-il dire par ce « c'est lui n'est-ce pas ? » mais en même temps, il en avait tout de même une petite idée et cela lui faisait peur.

Le Sacrifice se mit à genoux sur son siège. De sa main libre, il effleura les cheveux blond argent, à l'endroit où aurait dû se trouver les oreilles du Combattant.

« C'est lui n'est-ce pas ? » répéta Ritsuka en posant franchement les mains sur ses cheveux.

Sôbi baissa la tête. Il aurait dû se douter que Ritsuka finirait par comprendre. C'était quelqu'un d'intelligent. Il lâcha la main du petit frère de Seime tout en opérant un mouvement de retrait. Ritsuka le retint par le bras.

« Regarde-moi. » ordonna-t-il.

Le Combattant obéit immédiatement. Ritsuka leva le bras pour pouvoir reposer la main sur la joue de Sôbi mais l'adulte l'en empêcha. Ce geste surprit le Sacrifice.

« Quelqu'un nous observe. » expliqua Sôbi à voix basse.


La petite scène qui avait eu lieu entre la professeur des 6ème 3 et le Combattant n'était pas du tout passée inaperçue... Surtout le rougissement qui avait saisi la jeune femme au moment où l'autre adulte s'était adressée à elle.

Dès que Sôbi eut disparu vers le fond de l'avion, Jahana-sensei s'était précipitée vers sa collègue.

« Alors c'est pour ça que tu as aussi peur de lui, fit-elle en prenant la place de Sôbi. C'est parce qu'il te plait.

-Pas... Pas du tout. » se défendit aussitôt Hitomi.

L'autre professeur lui adressa un sourire entendu.

« Mais bien sûr. » dit-elle.

Shinonome-Sensei secoua vivement la tête tandis que ses mains se crispaient vigoureusement sur le tissu de sa longue jupe.

« Non... Non... C'est impossble.

-Et pourquoi donc ?

-Parce qu'il me l'a dit. Il n'aime pas les plus âgées.

-Il a quoi ! » s'indigna Jahana-Sensei.

Agastuma-san venait subitement de baisser considérablement dans son estime. Elle n'aurait jamais pensé qu'il s'agissait d'un tel gougeât.

A quelques sièges de là, l'indignation était aussi de mise.

« Ne me dîtes pas que c'est Shinonome-Sensei son type ! » était en train de dire la tante de Yayoï.

On en est de plus en plus loin là, pensa Kio.

« Ce n'est pas que j'ai quelque chose contre elle, ajouta ensuite Min, mais... »

L'étudiant la laissa parler et ne l'écouta que d'une oreille. Il se demandait où avaient bien pu partir Sôbi... Et Ristuka. Il semblait être le seul à l'avoir remarqué. Ristkua quittait son fauteuil. Quelques secondes plus tard, Sôbi suivait. Kio serait bien parti à leur recherche mais il n'avait pas envie d'avoir de preuves flagrantes de ce qu'il soupçonnait. Plaisanter sur les tendances pédophiles de Sôbi était une chose, en être témoin en était une autre. Le fils de ses pensées s'interrompit au moment où il sentit sa voisine se lever.

« Où allez-vous ? Demanda-t-il.

-Aux toilettes.

-A tout de suite. »

La tante de Yayoï s'éloigna de quelques pas puis se retourna brusquement.

« Dîtes, nous ne pourrions pas nous tutoyer. Les ''vous'' commencent sérieusement à m'ennuyer. Pas vous ?

-Oh que si ! »

Min sourit.

« Je reviens dans cinq minutes.

-Je t'attends. »

La tante de Yayoï s'éloigna. Kio s'autorisa un sourire. Trop pris dans ses pensées, il n'avait guère fait attention à ses compagnons de voyage. Quelque chose lui disait qu'il s'entendrait bien avec Jahana-Sensei et Min-san. C'était la même chose pour Shinonome-sensei. La jeune femme était très sympathique. Il suffisait qu'elle dépasse sa timidité. Bon d'accord, elle avait un faible pour Sôbi ; c'était visible comme le nez au milieu de la figure ; mais il ne pouvait pas l'en blâmer. Sôbi était ainsi. On le craignait tout en étant séduit. Après tout, lui aussi y était sensible tout comme Shinonome-sensei et Min-san. Kio aurait tout de même apprécier que le charme de son meilleur ami ne laisse pas insensible le troisième professeur, Miyagusuku-sensei.

Je parie que ce type est un homophobe fini ! Et en plus, je me retrouve en équipe avec lui pour surveiller les enfants... Je vais me le coltiner jour et nuit ! En effet, le professeur, Sôbi et lui seraient dans la même chambre mais connaissant son meilleur ami, il allait passer le plus de temps possible avec Ritsuka.

Je ne veux pas me retrouver tout seul avec ce type... Sôbi s'il te plait, ne colle pas trop Ristuka ! Une pensée frappa soudain Kio. Et si les autres le remarquaient ? Bon sang Sô-chan, pour une fois, sois prudent.

 L'étudiant avait raison de s'inquiéter.


Min se dirigeait vers le fond de l'avion lorsqu'elle aperçut le haut d'une tête brune surmontée d'oreilles félines apparaître derrière le dossier d'un siège de l'avant dernière rangée de l'avion. La jeune femme continua d'avancer. En arrivant à la dernière rangée de fauteuils, elle jeta machinalement un coup d'œil sur le côté pour voir qui se trouvait là. Elle se figea et cligna plusieurs fois des yeux. Non, elle ne se trompait pas. L'un des plus proches camarades de son neveu ; Aoyagi Ritsuka ; se trouvait à genoux sur l'un des fauteuil de l'avion et sa main droite effleurait des cheveux blond argent qui ne pouvait appartenir qu'à une seule personne. Elle remarqua ensuite l'autre main de l'enfant dans celle de l'adulte, presque contre la joue de ce dernier.

La voix de l'enfant s'éleva.

« C'est lui n'est-ce pas ? »

L'adulte lâcha la main qu'il tenait et baissa la tête. Il voulut s'éloigner de son vis-à-vis. La main qui se trouvait précédemment dans ses cheveux blonds se posa sur son bras pour l'arrêter.

« Regarde-moi ! »

Sôbi releva la tête. L'enfant leva le bras. La main de l'adulte se posa sur celui-ci pour arrêter son geste. Le propriétaire de la tête aux attributs félins parut surpris.

Min entendit par la suite un léger chuchotement mais elle ne comprit pas ce qui était en train de se dire. L'ami de son neveu leva alors les yeux afin de jeter un coup d'œil au dessus de la tête de l'adulte.

Un regard améthyste croisa celui de la jeune femme. Les joues de leur propriétaire prirent aussitôt une teinte cramoisie. L'enfant s'éloigna précipitamment de l'adulte pour se rasseoir sur son siège, la tête baissée. L'adulte tourna la sienne vers elle. Après l'améthyste, la glace...

« ---san ? »

La jeune femme ne réussit pas à répondre tout de suite.

« Je... J'allais aux toilettes.

-Continuez tout droit et vous y êtes. »

Ritsuka profita de ce rapide échange pour se lever. Il passa précipitamment devant Min, tête baissé, afin de regagner sa place. Sôbi fit mine de se lever pour le suivre mais il finit par se rasseoir. Son Sacrifice lui avait ordonné de ne pas lui montrer son affection en présence d'un tiers. S'il l'avait rattrapé, il l'aurait embrassé ou il lui aurait dit qu'il l'aimait mais il ne pouvait pas faire ça. Ils avaient un public en ce moment.

Sôbi posa son coude sur l'accoudoir du fauteuil puis baissa la tête pour que son front repose dans le creux de sa paume. Il ferma ensuite les yeux. C'était dans sa nature d'aimer son maître mais il y avait quelque chose de différent dans ce qu'il éprouvait pour Ritsuka. Seime lui avait ordonné de l'aimer mais il n'aurait jamais pensé qu'il aimerait autant cet enfant, peut-être même plus que son ancien maître. Non, ce n'était pas ça. Il ne l'aimait pas plus que Seime. L'amour qu'il portait au jeune garçon était juste différent.

Min était en train de regarder attentivement Sôbi. L'homme qui était en face d'elle semblait si fatigué tout d'un coup. Ce qu'elle venait de voir, et tout ce que cela impliquait, disparut dans un coin sombre de son esprit. L'envie de prendre soin de cet homme prit le dessus. Elle fit un pas en avant tout en levant la main pour la poser sur l'épaule du Combattant.

« Plus envie d'aller aux toilettes ? »

La voix était glacée, cassante. Le ton sarcastique. Min s'immobilisa.

Sôbin lui, se leva enfin. Il voulait regagner sa place mais il s'arrêta pendant un instant devant Min et il se pencha pour lui glisser quelques mots à l'oreille.

« Ne m'aimez pas. Quelque soit l'affection que vous commencez à éprouver pour moi, je ne vous la retournerais pas. Je n'ai besoin que d'une personne dans ma vie. Une seule. Ce n'est pas vous et ça ne le sera jamais. »

Avant qu'elle ne puisse répondre, il s'éloigna. Mais, même en y réfléchissant bien, elle n'aurait pas su quoi lui répondre. Les mots qu'il venait de prononcer ne cessait de tourbillonner dans son esprit.

Quelque soit l'affection que vous éprouvez pour moi, je ne vous la retournerais pas.

Je n'ai besoin que d'une seule personne dans ma vie.

Une seule.

Jamais vous.

Ce ne sera jamais vous...

Ne m'aimez pas...

 Min serra les poings. Pour qui se prenait-il ? Elle se retourna. Elle était en colère mais bien sûr, il n'était déjà plus là.

« Je ne vous aime pas espèce d'imbécile prétentieux. » dit-elle à voix basse d'un ton courroucé.


Lorsque sa voisine reprit place à ses côtés, Kio la trouva étrangement silencieuse.

« Il y a un problème ? » demanda-t-il.

Juste ton crétin de copain qui m'a...

« Aucun. » mentit Min.

Un long silence les sépara. Kio la regardait, inquiet.

« Tu es ami avec Agatsuma-san n'est-ce pas ? » demanda tout d'un coup Min.

OK... Sô-chan a encore dû faire des siennes.

 « J'aime croire qu'il me considère comme tel mais pour être honnête, je n'en ai pas la moindre idée. » répondit l'étudiant en adressant un sourire un peu triste à la jeune femme.

Ce n'est donc pas lui... Qui alors ? L'image d'une tête aux attributs félins s'imposa alors à l'esprit de Min. Non quand même pas ! Il ne peut pas... Ce n'est qu'un enfant...

 « Dis Kio-san, murmura Min après un long silence. Son type... Ce n'est quand même pas les gamins de douze ans ?

-Quoi ! S'écria Kio avec véhémence. Pas du tout ! Sô-chan n'est pas... »

Min lui lança un regard soupçonneux. Elle ne semblait pas du tout convaincue par ses protestations.

« Tu parles de Ritsuka n'est-ce pas, ajouta Kio d'un ton plus calme. Mais ne t'inquiète pas. Ce n'est pas du tout ce que tu penses. Bon, c'est vrai que ça peut paraître bizarre qu'ils soient aussi proches mais Sô-chan était vraiment très proche de son grand frère alors... »

Mon dieu, faîtes que cela ait l'air plus convaincant pour elle que pour moi...

« Tu es vraiment sûr ? » demanda Min.

Kio fixa attentivement la jeune femme. Il avait d'abord pensé que Min avait tout découvert à propos de Sôbi et du petit frère de Seime et qu'elle le prenait mal puisque le jeune homme aux cheveux blonds argent lui plaisait mais... Plus il la regardait et plus il avait l'impression qu'il y avait autre chose. Kio finit par comprendre et il sourit.

« Ton neveu n'a rien à craindre. Tous ces enfants n'ont rien à craindre de Sôbi. » fit-il d'un ton sérieux.

Puisqu'il ne voit que lui, ajouta mentalement Kio.

Ce que venait de dire l'étudiant rassurait quelque peu Min mais elle n'était toujours pas totalement convaincue. Il y avait ce qu'elle avait vu tout à l'heure. En même temps, Agatsuma-san n'avait eu aucun geste déplacé envers l'enfant. Il avait même empêcher l'ami de son neveu de... Mais il y avait ce qu'il avait dit par la suite. Min soupira. Il fallait qu'elle en ait le cœur net. Ce serait la meilleure manière de la rassurer définitivement.


« Tu es le seul à qui je dirais mon vrai nom. »

Seime est couché sur son lit, sa tête dans ses mains croisés reposant sur son oreiller. Je suis allongé à ses côtés, le livre que je lisais encore quelques minutes plus tôt, devant moi.

« C'est Beloved. » m'annonce-t-il par la suite.

Beloved... Celui qui est aimé... Alors que moi je suis... Je suis...

« N'oublie pas hein. » ajoute-t-il.

Je ne risque pas d'oublier... Je n'ai jamais oublié...

« Toi aussi, tu possède un vrai nom. »

Sur le moment, j'ai presque envie de le supplier de ne pas le prononcer. Je n'aime pas ce nom. Je m'appelle Ritsuka et pas... Je réalise enfin que quelque chose ne va pas. Ça ne s'est pas passé comme ça. Il n'a jamais dit ça.

« Tu penses qu'il t'aimerait si je ne le lui avais pas ordonné ? » me demande-t-il tout d'un coup.

Sôbi ? Pourquoi me parle-t-il de Sôbi ?

« Tu aimes ça n'est-ce pas ? »

Sa voix s'est faite plus dure. Je ne comprends pas ce qu'il veut dire.

« Tu aimes ça n'est-ce pas ? Répète-t-il. Quand il te touche... Quand il t'embrasse... »

Je ne comprends toujours pas. Pourquoi mon frère a-t-il l'air si jaloux ? Comment ? Il ne peut pas être jaloux de moi. Sôbi lui appartient. Il est à lui. Pas à moi. Il ne sera jamais à moi.

Mon frère se redresse soudain. Il lève le bras et il passa sa main dans mes cheveux. Elle s'arrête bientôt près de mon oreille gauche.

« Ne le laisse pas te les prendre. »

Sa voix est devenue suppliante.

« Ne le laisse pas de ternir... Ne le laisse pas te salir... »

Son regard est plongé dans le mien.

« Mon frère... Mon précieux petit frère doit rester pur. Personne ne doit le salir... Personne... Surtout pas lui. »

Sa main a quitté mes cheveux. Il s'éloigne un peu de moi. Il baisse la tête.

« S'il le fait... S'il le fait, je vais devoir le punir. »

Il me regarde de nouveau.

« Peut-être réussirai-je à le faire crier cette fois-ci ? J'aimerais tant l'entendre crier. Ce n'est pas marrant lorsque les gens ne crient pas... »

J'ai envie de hurler. Ce n'est pas mon frère ! Mon frère n'est pas comme ça ! Mon frère ne dirait jamais ça !

« Mais lui, il ne crie jamais. Je peux lui faire tout ce que je veux... Il ne crie jamais. Il aime ça même. »

Il marque une légère pause.

« Je ne peux pas laisser quelqu'un comme lui toucher mon petit frère. Je vais devoir le... »

Non !

« Ne fais pas de mal à Sôbi ! »

Je n'ai pas réussi à réprimer ce cri. Il tourne la tête vers moi.

« Qu'as-tu dit ? »

Je n'ose pas répéter ce que je viens de dire.

Mon frère se précipite vers moi. Je n'ai pas le temps de reculer. Sa main est sur mon cou. Les miennes saisissent son poignet. Je veux le repousser. Il me fait mal. Je n'y arrive pas. Je lève légèrement les yeux. Mon regard croise celui de mon frère. Il m'observe attentivement puis il serre un peu plus.

« Tu dois rester pur Ristuka... Tu ne dois pas être sali. »

Il serre de plus en plus... Ma vision commence à se troubler...


Même en train de dormir, il y avait toujours une partie de lui qui veillait. C'était sans doute l'une des premières choses qu'avait apprises Sôbi. Toujours veiller... Toujours être prêt à protéger son sacrifice ou à répondre à son appel.

Dans l'avion, tout le monde avait fini par s'endormir. Quelques élèves avaient bien tenté de veiller mais ils avaient fini par dodeliner de la tête eux aussi et s'étaient endormis comme tous les autres. Les professeurs et les accompagnateurs avaient ensuite fait de même mais Sôbi avait tout de même eu un peu de mal à trouver le sommeil. Shinonome-sensei parlait alors qu'elle était en train de dormir. C'était très bas mais il l'avait tout de même entendue. Une fois rassuré à propos de l'origine de ce bruit, il avait fini par s'endormir.

Quelques instants plus tard, un nouveau bruit se fit entendre. Sôbi ouvrit les yeux, tous ses sens en éveil. On aurait dit que quelqu'un était en train de étouffer. Mais qui ? Sôbi chercha l'origine de ce bruit. Il la trouva rapidement. Ritsuka !

Le Combattant se leva précipitamment. Il ne prit même pas le temps de mettre ses lunettes. Il se dirigea vers le siège de son Sacrifice et réveilla au passage Shinonome-sensei. La jeune femme se mit à chercher ses lunettes à tâtons.

« Il y a un problème Agatsuma-san ? » murmura-t-elle.

Sôbi répondit mais ne prit même la peine de se retourner.

« Aucun. Rendormez-vous Sensei. »

Quelques secondes plus tard, il se trouvait auprès de Ritsuka. Yuiko et Yayoi étaient réveillés bien évidemment. Les deux enfants regardaient leur camarade se tordre sur son siège sans savoir quoi faire. Yuiko parut plus que soulagée en voyant arriver Sôbi.

« Laisse-moi ta place. » ordonna aussitôt l'adulte.

Elle obéit tout de suite. Sôbi s'installa sur son siège et attira Ritsuka sur ses genoux. Le Sacrifice chercha à se débattre pendant un instant mais il ne réussit pas à échapper à l'étreinte de l'adulte. L'un des bras de Sôbi entourait la taille de Ritsuka tandis qu'il avait l'autre pour poser la main sur la tête qui reposait contre son épaule. Il commença à la passer doucement dans les cheveux bruns tout en murmurant des paroles rassurantes à l'oreille de Ritsuka. Il mourrait d'envie d'embrasser son jeune Sacrifice mais il ne pouvait pas le faire. Shinonome-sensei l'avait suivi et les autres adultes avaient fini par se réveiller et les avaient rejoint.

Min était inquiète pour son neveu. Elle avait crut pendant un instant qu'il avait fait une crise d'asthme. Elle le serrait maintenant dans ses bras. Yayoi avait commencé par protester mais il avait fini par abandonner.

Les autres élèves aussi avaient fini par se réveiller et ils avaient voulu se lever pour voir ce qui était en train de se passer mais Miyagusuku-sensei les fit aussitôt se rasseoir.

Bien sûr, toute cette agitation attira également les hôtesses. L'une d'elle s'approcha même du petit groupe pour savoir quel était le problème.

« Un élève vient de faire un cauchemar. Nous sommes désolés de toute cette agitation. » lui dit Jahana-sensei.

L'hôtesse sourit.

« Vous n'avez pas à vous excuser. Pouvons-nous faire quelque chose pour vous aider. » demanda-t-elle en jetant un rapide coup d'œil sur le côté.

Un sourire attendri se dessina alors sur son visage en voyant l'enfant qui avait causé toute cette agitation dans les bras d'un adulte qui était en train de lui murmurer quelque chose à l'oreille tout en lui caressant doucement le dos. Elle ne voyait pas leur visage. Il n'y avait qu'une masse de cheveux blonds argent et de cheveux bruns s'entremêlant.

« Il a l'air d'être en de bonne mains. » fit-elle remarquer.

L'arrivée de l'hôtesse avait quelque peu détourné l'attention des autres adultes et des deux enfants qui se trouvaient là. Ils se retournèrent donc afin d'observer ce qui était en train de se passe derrière eux.

Ritsuka avait l'air de s'être calmé et il semblait chercher à se lover plus confortablement contre la personne qui le tenait dans ses bras.

Yuiko poussa un soupir de soulagement. Elle était rassurée maintenant. Celui qu'elle aimait secrètement allait mieux.

Yaoï, toujours à ses côtés, baissa la tête. Pourquoi fallait-il que Yuiko... Bien sûr, il était content de voir que Ritsuka allait mieux mais... Mais il y avait Yuiko. Elle avait eu l'air si inquiète. En aurait-il été de même si cela lui était arrivé à lui et pas à Ritsuka.

Sa tante, Min, observait attentivement Sôbi et Ritsuka. Peut-être allait-elle avoir enfin une preuve à propos de ce qu'elle soupçonnait ?

Kio leva les yeux au ciel pendant un instant. Tu dois être ravi Sô-chan ! L'étudiant se demandait tout de même quelle sorte de rêve avait pu provoquer une telle réaction chez Ritsuka. Pauvre gamin...

Shinonome-Sensei était étonnée. Bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'elle était témoins des attentions d'Agatsuma-san envers Ritsuka-kun mais... Mais elle n'avait jamais pensé que l'adulte pouvait être aussi doux et tendre. Pendant un moment, elle envia même le jeune garçon.

Jahana-Sensei s'était mise à sourire, comme l'hôtesse de l'air. Elle avait peut-être mal jugé Agastuma-san après tout. S'il n'avait pas été là, ils n'auraient peut-être pas réussi à calmer l'élève de Shinonome-Sensei.

Miyagusuku-Sensei ne connaissait pas vraiment l'élève qui venait de produire toute cette agitation. Il ne faisait pas partie de sa classe. Tout ce qu'il savait, c'était ce que l'on disait de lui dans la salle des professeurs... Résultats parfaits mais mauvais caractère... Enfant secret ayant du mal à s'intégrer... Et maintenant, il voyait une toute autre facette du jeune garçon. Un enfant vulnérable qui avait peut-être rêver du meurtre de son frère. Si Agatsuma-san n'avait pas été là, ils n'auraient sans doute par réussi à calmer l'enfant aussi vite. Le professeur remarqua soudain quelque chose d'étrange et qui ne lui plaisait guère. L'adulte avait fini par relever la tête mais n'avait toujours par lâcher l'enfant. Il ferma ensuite les yeux et poussa un profond soupir. Jusqu'à là, rien de très inhabituel mais... Mais à quel moment, la main qui se trouvait sur la nuque de l'enfant était-elle devenue aussi caressante ?

L'élève de Shinonome-Sensei poussa un petit soupir de contentement puis se colla un peu plus contre l'adulte. La main se fit encore plus caressante.

« Sôbi... » murmura l'enfant.


Il connaissait cette voix. Il connaissait cette chaleur. L'étreinte dans laquelle il se trouvait lui était familière.

Il sentit bientôt une main sur son cou, une main douce et caressante. Elle n'était plus menaçante comme quelques minutes plus tôt. C'était agréable.

En fait, ce n'était pas l'action de la main qui était différente. C'était la main elle-même. Ce n'était plus la main de son frère mais celle de...

« Sôbi... » murmura-t-il.

La main se pressa un peu plus contre son cou. Le baiser n'allait pas tarder à suivre...

Tu aimes ça n'est-ce pas ? Quand il te touche... Quand il t'embrasse...

 Ritsuka se réveilla en sursaut et repoussa vivement la personne contre laquelle il se trouvait. Sôbi tenta de le retenir mais Ritsuka mit encore plus de violence dans son mouvement.

Le jeune garçon leva la tête. Son regard rencontra celui de Sôbi. Le Combattant se pencha vers lui.

« Ne me touche pas ! » ordonna Ritsuka en écartant violemment le bras de l'adulte.

Sôbi l'observa longuement. L'adulte ne comprenait pas. Malgré l'ordre qui venait de lui être donné, il tendit de nouveau la main vers l'enfant. Ritsuka l'évita.

« Ne me touche pas. » répéta-t-il.

Puis Ristuka se leva précipitamment. Il bouscula les adultes qui se trouvaient là pour s'enfuir vers le fond de l'avion.

Sôbi se leva aussitôt pour le suivre mais quelqu'un se mit en travers de son chemin.

« Je ne pense pas qu'il souhaite que vous le rejoigniez. » fit remarquer Miyagusuku-Sensei.

Le professeur frissonna au moment où deux iris glacées se posèrent sur lui. Il n'avait pas vu un regard de ce genre depuis... Depuis qu'il avait quitté l'armée.

« Laissez-moi passer. »

Si les yeux étaient durs et glacés, la voix était douce... Hypnotique. Miyagusuku-Sensei se rangea sur le côté. Sôbi passa. Tandis qu'il s'éloignait, l'ancien militaire lança :

« Laissons-le s'en occuper et allons nous coucher. »

Les deux autres professeurs affichèrent un air surpris. Ce n'était pas dans les habitudes de Miyagusuku-Sensei d'abandonner aussi facilement.

 Des fois, j'ai vraiment l'impression que tu as des pouvoirs magiques Sô-chan...


Ritsuka était en train de se passer de l'eau sur le visage. Il sentit bientôt une présence derrière lui. Il n'avait pas besoin de se retourner ou de lever la tête et regarder dans le miroir pour voir de qui il s'agissait.

Lui... Ce ne pouvait être que lui.

La voix qui s'éleva peu après confirma son hypothèse.

« Est-ce un ordre ? »

La question le surprit. Ritsuka releva la tête. Par l'intermédiaire du miroir, son regard croisa celui de Sôbi. L'enfant nota l'absence de lunette. Il ne l'avait pas remarqué en se réveillant tout à l'heure. Il faut dire qu'il n'avait pensé qu'à fuir la main qui se trouvait sur son cou à ce moment-là...

Le combattant s'approcha. Il posa ses mains sur les bords du lavabo, à côtés de celles de son Sacrifice. Il se tint immobile derrière lui sans le toucher. Leur seul contact se faisait par l'intermédiaire du miroir... Glace contre améthyste.

Ritsuka ne comprenait pas la question de Sôbi. Quand lui avait-il donné un ordre ? Puis il se souvint. Il lui avait dit... Non ! Crié ! Il lui avait crié de ne pas le toucher. Voilà donc d'où venait la question du Combattant.

« Non, murmura Ritsuka. Non, ce n'était pas un ordre. »

Il crut alors entendre Sôbi émettre un léger soupir de soulagement. Cela l'étonna.

Les mains du Combattant se posèrent sur celle de l'enfant puis il pencha la tête vers lui. Ses lèvres effleurèrent les cheveux bruns.

« Merci. »

Ristuka se demanda pendant un instant s'il n'avait pas rêvé ce qu'il venait d'entendre. Sôbi avait parlé si bas. Pourquoi avait-il dit ça ?

Le Sacrifice sortit de sa rêverie en sentant les bras de Sôbi se refermer autour de sa taille pour l'attirer contre lui tandis que sa bouche avait dérivé des cheveux bruns jusqu'au cou de l'enfant. Ristuka ferma les yeux.

« Sôbi, protesta-t-il faiblement.

-Nous sommes seuls. » lui rappela le Combattant.

Les baisers sur son cou continuèrent.

« Sôbi arrête.

-Est-ce un ordre ? »

Bien sûr que c'en était un ! Mais le jeune Sacrifice était bien incapable de le dire. Pourquoi fallait-il toujours que Sôbi fasse ce genre de chose ? Pourquoi allait-il toujours qu'il LUI fasse ce genre de chose ? Ce n'était tout de même pas son frère qui...

« Que t'a-t-il ordonné ? »

Les baisers cessèrent. Ritsuka rouvrit les yeux. Son regard croisa celui de Sôbi grâce au miroir.

« Que t'a ordonné Seime ? » répéta le jeune garçon.

Sôbi se contenta de le regarder pendant un long moment. Il ne savait pas quoi répondre. Trahirait-il les ordres de Beloved en les répétant à son petit frère ?

« Répond. C'est un ordre. »

La réponse mit un long moment pour venir.

« Tu trouveras Ritsuka et tu l'aimeras. »

C'était tout... il n'avait dit que ça ?

« Alors.. Alors pourquoi tu fais ça ? »

Ritsuka se retourna mais n'échappa pas à l'étreinte du Combattant. Il en avait marre de ne le voir que par l'intermédiaire du miroir.

« Pourquoi tu m'embrasse... Pourquoi tu me... »

Le jeune garçon se tut et se mit à rougir. Il prit ensuite un air surpris lorsqu'il sentit Sôbi le soulever. Il noua automatiquement ses jambes autour de la taille du combattant. Le rougissement du Ritsuka s'accrut au moment où il se rendit compte de ce qu'il venait de faire. Il chercha à se débattre mais...

« Tu vas finir par tomber, lui fit remarquer Sôbi à voix basse avant de lui voler un nouveau baiser.

-Arrête de faire ça.

-Même si c'est un ordre, je ne pourrais pas y obéir. Nous devons être liés pour pouvoir nous battre. »

Ritsuka tourna la tête sur le côté. Sôbi ne faisait ça que parce qu'ils devaient être liés. Pas parce que...

Une main se glissa sur son menton pour l'obliger à relever la tête mais le regard de Ritsuka refusait toujours de rencontrer celui du Combattant. Cela n'empêcha pas le Sacrifice d'apercevoir le grand sourire qu'affichait l'adulte.

« Alors tu...

-Tait-toi. C'est un ordre ! »

Sôbi inclina la tête ; mais pas pour montrer son accord ; c'était pour embrasser une nouvelle fois son adorable Sacrifice. Mais il arrêta son mouvement à mi-chemin et jeta un léger coup d'œil en arrière sans en avoir l'air.

Ritsuka afficha pendant quelques dixièmes de secondes un air déçu mais se reprit aussitôt. Depuis quand espérait-il ces marques d'affection de la part du Combattant ? Mais Sôbi avait vu l'air qui s'était affiché sur son visage.

« Quelqu'un nous observe. » murmura-t-il.

Ritsuka se mit aussitôt à rougir. Sôbi aurait dû le lâcher puisque quelqu'un était en train de les regarder. Pourquoi ne le faisait-il pas ?

« Tu devrais me lâcher.

-Je ne fais que consoler Ritsuka de son cauchemar. » répliqua Sôbi en resserrant son étreinte.