Chapitre n°3 : Sabre et Poignard.


Jour 16.

Il nous fallu quelques jours pour pouvoir organiser notre voyage. Nous étions maintenant enfin prêtes à partir. L’aube venait à peine de se lever. Belle au bois dormant était hors de la cachette des Maatans. Elle regardait le bateau qui allait nous transporter jusqu’à la source du Nil. Nous avions décidé de voyager pendant la journée. J’étais encore à l’intérieur de la cachette souterraine des Gardiens. J’avais encore quelque chose à faire avant de partir. Je devais dire au revoir à Saëlle. Je la trouvais dans la pièce où se trouvait son sarcophage et celui de Maek. J’ignorais où se trouver son frère pour le moment mais je savais qu’elle, elle y serait. La Première née était assise sur son sarcophage comme elle en avait l’habitude. Elle regardait le sol. J’aurais aimé savoir à quoi elle pensait. Elle perçut tout de suite ma présence mais aussi mon inquiétude. Saëlle releva la tête et me dit :

« Vous vous en sortirez je le sais.

-Nous sommes ennemis, contrai-je.

-Et votre promesse alors ? »

Je gardai le silence. Saëlle se leva.

« Ne t’inquiète pas.  Même si cela ne nous plait guère les Bakshas ressemblent aux Maatans. Nous sommes incapables de profiter de la faiblesse d’un ennemi et eux aussi. Elle te guidera quand il fera jour et tu la protégeras la nuit. »

Mais cela ne me rassurait pas.

« Saëlle explique-moi ce que tu as voulu dire lorsque tu nous as parlé de la source du Nil. »

Elle posa la main sur mon épaule.

« Tu es jeune Maatan sans nom. Tu as toujours l’impatience de la mortelle que tu étais. Tu dois avoir un an, peut être deux.

-Mon âge n’est pas ce qui nous intéresse pour le moment !

-Je te l’ai déjà dit. Ne t’inquiète pas. J’ai lu ce qu’il y avait au plus profond de ton cœur. Tu connais très bien les mythes et les légendes de ce pays. Tu trouveras. J’en suis certaine.

-Mais… Saëlle…

-Tu dois partir maintenant. » Me coupa-t-elle.

Elle sortit de la pièce. Je ne cherchai pas à la suivre. Le ton de sa voix avait été suffisamment catégorique pour m’en dissuader. Je sortis à mon tour et rejoignis Belle au bois dormant. Elle avait retrouvé l’ombre de la cachette souterraine des Maatans. J’avais de nouveau revêtu l’immense toile foncée qui me protégerait des rayons meurtriers du soleil. J’avais un masque d’argent sur le visage. Je tendis la main à Belle au bois dormant. Elle la prit. Je devais avoir confiance en elle.

« Allons-y. » me dit-elle.

Nous sortîmes enfin au grand jour pour rejoindre le Nil. Un bateau nous y attendait. Chacun de ses marins avaient été hypnotisé par des Maatans. Si tous les Gardiens savaient que nous partions, bien peu connaissaient la véritable raison de notre soudain départ. Nous nous installâmes rapidement dans le bateau. J’ordonnai aux marins de partir. Belle au bois dormant les regarda pendant un très long moment manœuvrer le bateau tandis que je m’installai à l’ombre sous une petit tente. Je pus enfin retirer mon masque d’argent mais je gardai sur moi le tissu protecteur. Belle au bois dormant me rejoignit. Elle s’assit en tailleur en face de moi. Si j’étais à l’ombre, ma compagne, elle, se trouvait eu soleil. Quoi de plus compréhensible en fait.

« Étonnant, dit-elle soudain.

-Et quoi ?

-Ce bateau bien sûr. »

Je comprenais enfin de quoi elle voulait parler.

« Et tu n’imagines pas à quel point. Tous les bateaux appartiennent à Pharaon, l’informai-je. Je me demande comment les Maatans ont pu y avoir accès. »

Elle se mit à rire.

« Qu’est-ce qu’il y a ?

-Tu réussis à te souvenir de choses totalement… et tu n’es même pas capable de te souvenir de ton prénom !

-Toi non plus, il me semble.

-Où allons-nous ?

-C’est bien là la problème ! Saëlle a dit que nous devions nous rendre à la source u Nil mais…

-A partir de Khartoum, le Nil se divise en deux fleuves distincts, le Nil bleu et le Nil blanc, finit-elle à ma place.

-Tu voies ! Toi aussi, tu te souviens de certaines choses ! »

Je revins à notre problème.

«  On connaît les sources du Nil blanc et du Nil bleu mais à laquelle devons-nous nous rendre ? J’aurais aimé que Saëlle soit plus précise mais apparemment, nous devons nous débrouillez toute seule.

-Et les légendes ? Me demanda soudain Belle au bois dormant.

-Quoi ?

-Tu en sais beaucoup là-dessus. Que disent les légendes sur la source du Nil ? Je suis sûre que tu sais quelque chose là-dessus. Il faut que tu saches quelque chose là-dessus. »

Elle ne me mettait pas du tout la pression là ! Je rassemblai mes souvenirs à ce sujet. Dans les mythes, il était question d’une cité appelée Abou, la cité du commencement. Elle devait être situé au sud, loin, très loin de l’Égypte. C’était dans cette ville que se trouveraient les deux rivières qui sont les sources du Nil. Je répétai ceci à Belle au bois dormant.

« D’après ce que tu viens de me dire, nous devrions nous arrêter à l’endroit où le Nil bleu et le Nil blanc se rejoignent, proposa-t-elle. Après tout… c’est bien possible que…

-En effet, l’interrompis-je, cela serait logique. Mais la Source du Nil est connue à notre époque.

-Comment sais-tu cela ? »

Très bonne question à laquelle j’aurais aimé pouvoir répondre !

« Laisse tomber, me dit Belle au bois dormant avant que je ne me lance dans des explications qui ne nous mènerait à rien.

-En fait, la véritable source du Nil n’a été connue qu’au dix neuvième siècle alors comment Saëlle pourrait savoir que…

-A moins qu’elle ne soit allée dans le futur !

-Arrête tes idioties s’il te plait. »

Elle me lança un regard dubitatif.

« Saëlle a dit qu’elles avaient toutes voyagés dans le passé !

-Bon d’accord ! C’est peut être idiot ce que je viens de dire. J’essaie juste de trouver une solution.

-Je le sais bien. »

Un souvenir me revint soudain à l’esprit. Je savais autre chose à propos de la source du Nil. Je claquai des doigts.

« Que se passe-t-il ? Me demanda Belle au bois dormant.

-Les seuls à savoir où se trouvent les sources du Nil sont les prêtres de Khnoum.

-Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? On en kidnappe un et on le torture jusqu’à ce qu’il nous dise où elles se trouvent ? »

Je ne suggérai pas une telle chose ! De plus, je ne la voyais vraiment pas torturé quelqu’un.

« En résumé, nous ne savons toujours pas où aller, lui fis-je remarquer.

-Je sais ! »

Je m’allongeai et fermai les yeux.

« Tu croies vraiment que c’est le moment de dormir ? Me demanda-t-elle ironiquement.

-Oui ! Mes souvenirs me reviendront peut être. »

Je me tus et j’attendis que le sommeil vienne.


Un bateau sur le Nil.

Plusieurs jours auparavant.

Cela faisait du bien ! Quoi de mieux qu’un bon bain, de la bonne musique et un bon livre pour se détendre ? Que demander de plus ? J’avais laissé Ishta poursuivre seule sa satanée planque dans le temple de Deir el Bahari et je n‘en éprouvais aucun regret. Après tout… mon jumeau était assez grand pour se débrouiller tout seul. Quoique… Mon livre glissa de ma main et tomba sur le sol. Je ne cherchai pas à le reprendre. J’avais envie de profiter de cet instant de répit. Mais il y a un petit problème par rapport à mon statut de Gardienne. Mes sens sont toujours en éveil, même quand je dors ! Si quelqu’un essaie de m’attaquer durant mon sommeil, mon sixième sens me prévient tout de suite et j’agis en conséquence. Il ne faut jamais attaquer un Vampire même quand il dort. Soit ses yeux s’ouvriront et vous serez piégé par la force de son regard jusqu’à ce que la nuit tombe. Il pourra ainsi régler votre compte. Il arrive aussi nous étranglions celui ou celle qui nous dérange… sans même nous en rendre compte. Mais… ce jour là, ce n’est pas mon sixième sens vampirique qui m’avertit de l’intrusion de… Ce fut encore une fois mon prodigieux odorat qui me sauva la vie. Je baissai la tête pour regarder par terre et sursautai. Ma plus grande frayeur venait de se matérialiser dans ma salle de bain. Un serpent !!! Je perçus alors un esprit connu. Je regardai le cobra qui venait de surgir dans les yeux. Aucune erreur ! Ce regard lubrique ne pouvait appartenir qu’à une seule personne. Il allait me le payer. Il connaissait pourtant ma peur des serpents.

« Tu trouves cela drôle n’est-ce pas ? Allez ! Reprend ta véritable forme Ishta. » Ordonnai-je d’un ton qui lui montrait ma fatigue.

Grâce au contrôle que je pouvais exercer sur les pouvoirs de mon jumeau, Ishta reprit sa forme originelle. Il n’y avait pas à dire. Je préférai le voir sous cette forme.

« Je devrais me produire dans des cabarets, me dit-il avec humour. Je suis sûr qu’avec ce genre de tour, je gagnerais une fortune. »

Il oubliait qu’il le faisait déjà. Tout comme moi, il lui arrivait de monter sur la scène du cabaret d’une amie pour lui faire profiter de nos tours. Mais bon… nous ne demandions pas d’argent en échange. Il faut dire que l’Ambassade était plutôt généreuse avec ses occupants. De plus, j’avais d’autres moyens de me procurer de l’argent. Ishta vint s’asseoir sur le rebord de la baignoire.

« Que viens-tu faire ici ? Lui demandai-je. Tu m’avais dit que tu resterais au temple.

-Mais je viens te rendre compte de ma planque bien entendu. Il faut que tu sois au courant du moindre de mes gestes ma Gardienne. »

Mais bien sûr ! Nous avions beau être jumeaux d’esprit, il réussissait souvent à disparaître sans que je ne sache où il était allé.

« Arrête donc ce genre de plaisanterie pendant cinq minutes, je sais exactement ce que tu as en tête.

-Je n’ai rien du tout en tête. » Mentit-il.

Je tus la réplique mordante que je lui destinais pour répondre :

« De toute façon, tu ne t’introduiras pas dans ma baignoire… pendant que je l’occupe.

-C’est bien dommage. Il parait que tu peux faire de véritables prouesses dans une baignoire. »

Je compris tout de suite ce à quoi il faisait allusion. Je n’avais donc plus qu’à remercier Shiva de tout lui avoir raconté lorsque nous serions de retour à l’Ambassade.

« Oh non… ce n’est pas Shiva ma Gardienne. Je sais exactement tout ce que tu as dans ta jolie petite tête. Tu ne peux rien me cacher. Passé, présent, futur, je sais tout de toi. »

Pour le passé et le présent peut être mais j’émettais tout de même de sérieuses réserves à propos des connaissances qu’il pouvait avoir sur mon futur. Ishta m’envoya une petite pichenette sur le front. Quant à savoir ce qu’il y avait dans ma tête… je savais parfaitement qu’il mentait. Shiva et lui s’entendait comme larrons en foire lorsqu’ils le voulaient bien.

« Bon d’accord… Shiva m’a peut être un peu raconté que… enfin tu vois! Pas besoin de faire un dessin. »

Je voyais très bien en effet. Je me levai et sortis de la baignoire. Je savais parfaitement que c’était pure provocation de faire ce genre de chose devant Ishta mais… Je drapai rapidement une serviette de bain autour de moi. Ishta prit un air déçu. Pauvre chéri, je venais de le priver de spectacle. Mon jumeau reprit la parole.

« En tout cas… dit-il songeur, c’est avec moi que tu obtiens le prix de l’endroit le plus original pour… »

Je me retournai brusquement pour l’interrompre.

« La vitrine ! Tu trouves cela original !

-Très. Pas toi ? »

Je préférais ne pas répondre à cette question.

« Mais je ne parlais pas de cela. » ajouta Ishta.

Je ne comprenais pas.

« Euh… Ishta… à part cette histoire de vitrine et nos échanges télépathiques, je ne vois rien d’autres. »

Il me lança un regard moqueur.

« Ne t’inquiète pas. Tu finiras bien par comprendre de quoi je parle un de ces jours.

-Si tu le dis. » Répliquai-je en haussant les épaules.

Il se leva pour ramasser mon livre. Ensuite avec cette facilité souvent déconcertante que possèdent les Gardiens, il changea le sujet de notre conversation. Elle dériva sur…

« Voyons ce que tu es en train de lire ma Gardienne… »

Il fit mine de se concentrer intensément pour lire le titre qui se trouvait sur la couverture du livre ce qui me fit éclater de rire.

« Contes et Légendes de l’Égypte antique. » finit-il par dire.

J’étais maintenant en train de m’habiller. Ishta garda le silence. Il réfléchit durant quelques minutes.

« Ma Gardienne, pourquoi t’intéresses-tu donc autant aux mythes de ce pays alors que notre histoire en regorge ? »

Je me tournai vers lui.

« Ah bon ! M’exclamai-je. Première nouvelle ! Et depuis combien de temps l’histoire des Gardiens regorge-t-elle de légendes ?

-Il est vrai que très peu de Gardiens les connaissent. » Dit-il sur un ton pensif.

Mais qu’est-ce qui lui prenait ? J’avais beau essayé de lire dans son esprit, je ne comprenais pas. Lien psychique, émotions communes… mon œil ! En fait, je savais qu’il y avait un moyen de cacher des choses à son jumeau. Apparemment Ishta le connaissait et ne se faisait pas prier pour l’utiliser. J’aurais aimé en savoir autant que lui. Décidément, l’air de l’Égypte ne lui valait rien. J’oubliais ! Vu que nous ne sommes pas obligés de respirer… Ce n’était pas l’air alors.

« Allô Ishta ! Nous sommes les deux derniers Gardiens. Je te le rappelle. » M’exclamai-je.

Mon jumeau sortit de sa rêverie.

« Il m’arrive parfois de l’oublier. » dit-il tristement.

Je me rendis alors compte de la cruauté dont je venais de faire preuve sans même m’en rendre compte. Ishta s’était de nouveau assis sur le rebord de la baignoire. J’avais fini de m’habiller. J’allais m’asseoir à côté de lui, le dos appuyé contre la baignoire.

« Je suis désolée. »

Mais ce n’était pas ces piètres excuses qui allaient effacer ce que je venais de dire.

« Allez… racontes-les moi ces fantastiques légendes ! Tu en meures d’envie et tu sais que j’adore les mythes et les légendes. »

Il commença alors à me raconter ce qu’il avait entendu dire lorsqu’il avait commençait à rechercher l’origine du Premier de tous les Vampires, notre Seigneur Shiva.

« Sais-tu que Shiva serait devenu Vampire dans un temple qui se trouverait à la source du Nil ?

-La source du Nil, répétai-je incrédule, mais elle n’existe pas. Du moins… à cette époque.

-Et bien, il semblerait que celui qui ait fait de Shiva un immortel la connaissait déjà. Du moins… il connaissait parait-il le lac Victoria. D’après tout ce que j’ai entendu dire, le Temple où le Premier a vu le jour en tant que Vampire serait un Temple souterrain qui se trouverait aux environs du lac Victoria. Où exactement…

-Crois-tu que nous pourrions le trouver ? L’interrompis-je.

-Peut être que oui. Peut être que non. Après tout, si ce Temple existe réellement, nous devons peut être savoir où il est puisque les Gardiens possèdent une mémoire résiduelle qui leur vient directement de Shiva.

-Donc… si je veux trouver ce Temple, il me suffirait de me fier à… mon instinct de Gardienne.

-C’est bien cela. Mais n’espère pas le trouver. J’ai voyagé jusqu’au lac Victoria. J’ai cherché pendant des années et… je n’en ai pas trouvé la moindre trace.

-Mais je peux essayer moi aussi. »


Jour 16.

Je sortis lentement de mon sommeil. Je rouvris enfin les yeux et je souris. Ma première pensée fut pour Ishta… mon jumeau ! Je m’en souvenais parfaitement maintenant. Voilà d’où venait cette petite décharge électrique au moment où je le touchais ou qu’il me touchait. C’est parce que je sentais ce qu’il était. Pourquoi cela avait-il le même effet sur lui alors ? Il n’était pas encore devenu Gardien et il me reconnaissait déjà d’une certaine manière. Je savais aussi autre chose maintenant. Ishta était celui qui me montrait la voie que je devais suivre. Il était celui qui me rassurait et qui me poussait à aller plus loin. Ishta… mon jumeau.

« Je te remercie. » murmurai-je.

Je me rendais compte maintenant qu’il était tout pour moi. Mon Ishta… mon ange de la nuit, mon ange de la mort. Je voyais son visage devant moi et pour une fois, le visage d’Olympe ne fit pas son apparition. Le visage de mon jumeau fut soudain remplacé par celui de Belle au bois dormant.

« Alors… réveillée ? »

Je me redressai et m’étirai.

« Et oui.

-On dirait que ton petit somme t’a apporté les réponses que tu attendais. Tant mieux alors. »

Je ne répondis pas. Elle prit cette absence de réponse pour un refus.

« D’où vient ce visage radieux alors… je sais ! Tu as sans doute vu le bel Ishta dans tes rêves. »

Mon sourire s’élargit.

« Il y a un peu de cela en effet, répondis-je malicieusement. Mais j’ai aussi obtenu quelques petits tuyaux qui pourraient nous aider dans notre quête de la source du Nil. »

J’observai l’horizon. Le soleil allait bientôt se coucher. J’avais donc dormi toute la journée ! Je ne pensais pas du tout que j’avais dormi autant. Si la nuit allait bientôt tomber… il fallait que je me dépêche de raconter mes découvertes à Belle au bois dormant. Je m’exécutai le plus rapidement et le plus clairement possible.

« Alors nous aurions une chance, me dit-elle.

-Mais elle semble infime. Ishta ne l’a pas trouvé. Ne l’oublie pas. » Répliquai-je.

Elle étouffa un bâillement.

« Ne sois pas si pessimiste s’il te plait, objecta-t-elle. Nous trouverons ce Temple. J’en suis certaine. »

Comme j’aurais aimé en être aussi sûre qu’elle ! Comme j’aurais aimé partager la confiance qu’elle avait en notre bonne étoile. Elle me prit soudain par la main.

« Qu’est-ce que tu fais ?

-Et si je te lisais les lignes de la main. Qu’en penses-tu ? Je verrais peut être que nous avons découvert le Temple. »

Si elle plaisantait pour sa dernière phrase, cela n’avait pas l’air d’être le cas pour sa proposition. Elle voulait vraiment me lire les lignes de la main! A quoi cela allait-il bien pouvoir servir ? J’étais plutôt sceptique.

« Je ne crois pas à cela Baksha.

-Maatan, répliqua-t-elle en me fixant intensément, tu vis dans un monde où tout est possible.

-Le soleil ne va pas tarder à se coucher. » Lui fis-je remarquer.

Elle jeta un rapide coup d’œil vers le soleil.

« Ne t’inquiète pas, me dit-elle. J’aurais largement le temps de le faire.

-Je ne m’inquiète pas. Mais tu sembles oublier autre chose. Tu as perdu tes pouvoirs… tout comme moi. Comment pourras-tu me lire les lignes de la main ?

-J’ai perdu mes pouvoirs c’est vrai. Mais il s’agit de mes pouvoirs de Baas. C’est comme toi. Tu as perdu tous tes pouvoirs de Maksha mais tu sembles avoir conservé les pouvoirs communs à tous les membres de ton espèce… ce qui doit vouloir dire que j’ai toujours mes pouvoirs d’Abash. »

Baas… Abash… Maksha… Ce n’était pas les mots de la langue des maas ! Était-elle en train de se rappeler la langue des Aabs, sa langue ? Après tout… pourquoi pas.

« Qu’est-ce que tu as à me regarder comme cela ! s’exclama-t-elle.

-Rien. »

Pour qu’elle ne me pose pas de question, je tendis la main vers elle. Belle au bois dormant la retourna doucement puis commença à examiner attentivement ma paume.

« Tu as une très longue ligne de vie, constata-t-elle.

-Sans blague ! »

Nous nous mîmes à rire.

« Cependant, elle semble s’interrompre très tôt… puis elle reprend comme si de rien n’était. »

Ma transformation… je le comprenais maintenant. Cet absence de pouls, de respiration… mon corps était mort. Elle se pencha un peu plus sur ma main. Elle semblait beaucoup s’amuser.

« Tu es une personne très puissante, poursuivit-elle, et tu possèdes de nombreux pouvoirs.

-Vivement que je les récupère alors ! Je commence à en avoir un peu marre de toute cela, la coupai-je.

-Tu as beaucoup de responsabilités aussi. De nombreuses personnes comptent sur toi. »

Sûrement les autres Gardiens. Quoique… j’avais cru comprendre dans mon rêve qu’Ishta et moi étions les deux derniers. Les Maatans avaient donc tous disparu. Comment ?

« Tes amis ont énormément de valeur à tes yeux. »

Elle prit un regard étonné.

« Ils savent ce que tu es.

-Je crois.

-Et ils l’acceptent. Mais toi… tu as peur de cela. Tu penses que ton secret les met en danger. Ils sont ta faiblesse. Tu ferais tout pour eux. Tu ferais tout pour les protéger même si tu dois risquer ta propre vie pour cela. »

Si elle le disait…

« Tu aimes, ajouta-t-elle, ou tu as aimé un homme aux yeux verts et aux cheveux bruns. Mais… ta relation avec Ishta prévaut sur celles que tu pourrais avoir avec d’autres hommes. J’en vois cependant un autre. Cet homme semble prendre ombrage de cette relation que tu partages avec Ishta. Il en est jaloux même. Il aimerait bien vous séparer mais il sait que c’est impossible. »

Qui pouvait être cet homme ? Elle ne pouvait pas être un peu plus précise sur ce sujet ? Elle s’était tue. Son doigt était en train de suivre l’une des lignes de ma main.

« Arrête ! Tu me chatouilles ! » M’exclamai-je en riant.

Mais mon rire cessa bien vite. Le visage de Belle au bois dormant avait pris un air très grave. Elle semblait même être entrée dans une espèce de transe. Que se passait-il ?

« Qu’est-ce que tu as ? Demandai-je inquiète.

-Tu es mère. Tu as eu des enfants mais tu as dû les abandonner… pour les protéger… de… de toi. Mais aussi d’autre chose ! Je ne vois pas ce que c’est. Tu ne te pardonnes pas cet abandon. Tu ne te le pardonneras sans doute. Ta plus grande faiblesse… c’est eux. »

Elle cligna des yeux. Son visage reprit des couleurs. Elle devait être sortie de sa transe. Ainsi… j’avais eu des enfants. De qui ? Belle au bois dormant me tenait toujours la main. Une larme coula lentement sur sa joue et j’en sentais une autre qui était en train de couler sur la mienne au même moment. Délicatement, nous recueillîmes du bout du doigt la larme de l’autre. Je regardai attentivement la goutte rouge qui se trouvait au bout du doigt du Belle au bois dormant. Une larme de sang. Tandis que moi, j’avais au bout du doigt une larme… normale, qui n’était faîte que d’eau.

« Je suis désolée, me dit-elle. Je te prie de m’excuser.

-Ce n’est rien. Je vais bien. »

Je détournai la conversation.

« Regarde ! Il fait de plus en plus sombre. Couche-toi ! »

Elle m’obéit aussitôt et s’allongea sur la natte de papyrus.

« Je suis désolée, répéta-t-elle. Tu n’aurais pas dû l’apprendre de cette manière.

-Ce n’est rien je t’ai dit. »

Elle s’endormit enfin. La nuit venait tout juste de tomber.



Nuit 17.

J’avais ordonné aux marins qui nous conduisaient d’arrêter le bateau dès que la nuit était tombée. Nous ne devions voyager que de jours. Après tout, nous avions le temps. Le Temple où nous devions nous rendre pour retour ver la mémoire n’allait sûrement pas s’envoler. Je regardai nos marins aux yeux blancs d’hypnotiser. Je leur ordonnai de dormir. Ils tombèrent alors comme des masses. En d’autres circonstances, cela m’aurait peut être fait rire. Mais je n’avais guère le temps de m’amuser pour le moment. Je regardai au loin. Mes yeux, capables de percer la plus sombre des nuits, distinguaient de la lumière à quelques kilomètres de nous. Je savais que l’on trouvait beaucoup d’îles sur le Nil. Nous ne devions pas être très loin d’Éléphantine. Mais Saëlle m’avait ordonné d’éviter à tout prix ces îles. Surtout pour des raisons de sécurité. De plus, nous ne pouvions pas vraiment nous payer le luxe de faire du tourisme en faisant quelques escales. C’est vrai que nous avions le temps pour trouver ce temple mais ma perte de mémoire commençait un peu à me peser. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il aurait été mille fois plus simple qu’une Maatan nous conduise là-bas. J’étais certaine que Saëlle savait très exactement où se trouvait ce fichu temple. En fait, ce n’était qu’une épreuve supplémentaire… comme notre perte de mémoire. Je l’avais accepté. Ce n’était qu’une épreuve de plus et j’avais la sensation d’être habituée à en passer. Par contre, la récompense de cette épreuve ne serait pas la réunion d’une étoile et d’une lune d’argent. Il me semblait que c’était ce que j’avais pris dans le cœur de cette jeune femme entièrement vêtu de rouge. Il me semblait… J’aimerais tellement que ma mémoire soit intacte. Je commençais vraiment à en avoir marre de me contenter de ces brides de souvenirs sans qu’il n’y ait le moindre lien entre eux. J’avais envie de descendre de ce bateau… d’aller courir dan le désert puis de me reposer sur un rocher. Mais je devais rester ici pour le protéger. J’entendis soudain du bruit. Qui pouvait… Je levai la tête pour observer le rivage. Il y avait une ombre au loin. Je me levai lentement puis m’approchai avec précaution en essayant de ne faire aucun bruit. L’ombre ne bougea pas. Je sautai souplement hors du bateau. L’ombre n’avait esquissé aucun mouvement de fuite. Elle restait là, aussi immobile qu’une statue. Il s’agissait d’un animal assis. Soudain, il se leva et courut vers moi aussi vite que le vent. Un chacal… constatai-je lorsqu’il se colla contre moi. Je ne comprenais pas. Les chacals sont des animaux plutôt sauvages et celui-là était en train de se frotter contre moi comme… un chat en manque de caresse. Je ne comprenais vraiment pas. Je remarquai enfin le collier d’argent qu’il portait autour du cou. Je m’agenouillai.

« Toi, lui dis-je en lui caressant la tête, tu es un messager des Maatans. J’en mettrais ma main au feu. »

En effet, je trouvais un petit papyrus dans un long tube d’argent qui était attaché au collier. Je trouvai aussi une palette de scribe ainsi que plusieurs feuilles de papyrus. Je posai tout cela à côté de moi en priant qu’un coup de vent ne fasse pas s’envoler les feuilles de papyrus et je lus le message qui se trouvait sur le premier papyrus que j’avais trouvé. Il était très court mais surtout… il était de Saëlle.

 

Écris-moi pour me rendre compte de votre quête s’il te plait. Ce chacal te suivra comme l’ombre que tu ne possèdes plus. Il sera notre messager.

Saëlle.

J’allais agir comme le désirait Saëlle mais je me demandais comment ce chacal allait réussir à couvrir d’aussi grande distance. Après tout, comme Belle au bois dormant l’avait si justement dit, je vivais dans un monde où tout semblait possible. Je n’avais donc aucunement besoin de m’interroger là-dessus. Je n’en avais pas besoin mais j’allais tout de même continuer à me poser des questions. Je remontai rapidement sur le bateau avec dans les mains ce que je venais de découvrir dans le tube que portait le chacal autour du cou. Le chacal me suivit docilement. J’écrivis à Saëlle aussitôt. Ce fut la première lettre d’une très longue liste. Je confiai le message au chacal. Il sauta aussitôt hors du bateau puis s’enfuit dans la nuit. Je le perdis vite de vue… comme s’il avait disparu d’un coup. Je revins vers Belle au bois dormant. Son sommeil était paisible. Elle ne se rendrait compte de rien. Je soulevais l’un des coins de la natte de papyrus. La dague était bien là, comme me l’avait promis Saëlle. Plus silencieuse qu’un chat, je m’approchai de l’un de nos marins. Je m’accroupis à côté de lui pour prendre son poignet que j’entaillai avec la dague. Je portai ensuite son poignet jusqu’à ma bouche. Je pouvais enfin me nourrir.


 

Nuit 18.

Chère Saëlle,

Notre voyage se passe très bien. Nous n’avons eu aucun problème pour le moment. Nous sommes vers ce qui sera nommé Abou Simbel à notre époque. Les deux Temples de Ramsès n’y sont pas encore. C’est incroyable. J’arrive à me souvenir de ce genre de chose alors que mon prénom, mon nom et tous les souvenirs qui me concernent  directement continuent de m ‘échapper. Je fais un voyage magnifique.

Ma sœur de sang ne soupçonne pas ce que je fais aux marins. Cela vaut mieux. Comme tu me l’as dit, je ne prélève qu’un peu de sang sur chacun d’entre eux. Il faut bien que je me nourrisse et la tentation est grande d’en prendre plus. Mais je ne peux pas quitter le bateau comme cela. Je les protègerai ainsi que je te l’ai promis.


Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 19.

 Saëlle,

 Encore une journée de navigation sans histoire. Il n’y a pas à dire, je crois que je commence à sérieusement m’ennuyer et Belle au bois dormant aussi. Il n’y a rien à faire sur ce bateau. Les marins n’ont pas besoin de notre aide et d’ailleurs, même si c’était le cas, je crois que nous ne serions pas capable de les aider. En parlant d’incapacité… j’ai bien peur de ne pas être une très bonne navigatrice. Je ne sais du tout où nous nous trouvons et Belle au bois dormant non plus. Désolée!

Ma sœur de sang commence à se souvenir de certaines choses à propos de son passé. Elle m’a encore parlé de cet homme qu’elle a vu chez le grand père d’Ishta et qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Mais elle n’a toujours pas compris de qui il s’agissait vraiment. Bien sûr, nous nous doutons qu’il s’agit d’un autre Baksha. Mais ceci soulève d’autres questions. Que faisait un Baksha chez le grand père d’Ishta ? Elle m’a aussi parlé d’un temple où se réunissent les Bakshas qui se trouverait à l’endroit où le Nil blanc et le Nil bleu se rejoignent. Elle aurait voulu s’y rendre. Je l’en ai dissuadée. Je ne crois pas que les Bakshas apprécieraient le fait de la voir avec une Maatan. Même si nous avons perdu la mémoire, il y a des choses qui ne s’excusent pas très facilement. J’aimerais comprendre Saëlle. Nous avons mêlé nos sangs et tu le sais. Pourtant, tu ne m’as fait aucun reproche.

 

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 20. 

 

Bonjour… ou plutôt bonne nuit ma chère Saëlle,

 Je suis toujours aussi bonne navigatrice et ma sœur de sang aussi. En bref... Nous sommes encore une fois incapables de te dire où nous nous trouvons pour le moment ! Mais il n’y a rien qui vaille la peine d’être signalé.

Je crois que je ne t’ai jamais parlé de ce que m’avait dit ma sœur de sang le premier jour de notre voyage. Elle a voulu me lire les lignes de la main… et je dois dire qu’elle semble avoir vu juste sauf sur un point. Elle m’a dit que j’étais mère. Comment serait-ce possible Saëlle ? J’ai eu un nouveau flash aujourd’hui sur mon passé alors que j’étais en train de repenser à l’étrange révélation que Belle au bois dormant m’avait faîte. J’ai vu une femme vêtue de noire et elle me disait qu’il était impossible que les Maatans puissent avoir des enfants. S’il te plait. Aide-moi Saëlle ! Répond à ma question. Les Maatans peuvent-ils être parent ? Je t’en supplie. Dis-moi si c’est vrai. Si j’ai réellement des enfants… comment se fait-il que je ne me souvienne pas d’eux ?


Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 21.

Merci Saëlle de ne pas avoir répondu à ma question.

Rien à signaler.


Nuit 22.

Saëlle,

J’accepte tes excuses même si tu n’as toujours pas répondu à ma question. Tu dis que cela me ferait souffrir de savoir si tu me répondais. Ne crois-tu pas que l’absence de réponse apporte elle aussi son lot de souffrance ? J’ai bien peur de ne pas te comprendre et pas seulement sur ce point. Je ne peux m’empêcher de me demander pour quelles raisons veux-tu à tout pris que ma sœur de sang et moi retrouvions la mémoire sans votre aide. Pourquoi Saëlle ? Bien sûr, je te pose cette question tout en sachant parfaitement que tu n’y répondras pas. J’aimerais tout de même comprendre quelle peut être la raison ou les raisons secrètes qui te pousse à faire une telle chose. Qu’est-ce qui te motives Saëlle ? J’aimerais tant que tu me le dises.

Passons maintenant à ma sœur de sang. Elle aussi, elle s’est souveniez de quelque chose. Je t’ai déjà parlé d’Eksos ? Il me semble que oui. J’ai même dû le faire dans l’une des premières lettres que je t’ai envoyée. Elle le voit de plus en plus souvent dans ses rêves. Elle voit aussi un autre homme mais il ne semble pas l’avoir autant marqué qu’Eksos. Elle m’a dit qu’il s’appelait Erik. Mais pour en revenir à Eksos… Elle le voit comme moi, je vois Ishta. Je sais qui il est lui. Mais Eksos… qui peut bien être cet homme pour elle ?

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 23.

Ma chère Saëlle,

Nous venons tout juste d’arriver à l’endroit où le Nil bleu et le Nil blanc se rejoignent. Ma sœur de sang a voulu descendre à terre. Il y a quelque chose qui l’attire fortement ici. Je ne sais pas exactement ce que cela peut être. Mais… ce n’est pas la seule chose qui peut paraître étrange. Elle ne s’est pas endormie cette nuit ! Ce temple dont elle m’a parlé existerait donc vraiment. C’est sûrement lui qui la maintient éveillé cette nuit. Enfin… ce n’est qu’une supposition. J’ai bien peur de devoir me passer de sang cette nuit. Il ne faut pas qu’elle sache ce que je fait aux marins. Cela ne fait rien. Je pourrais tenir une nuit sans aucun problème. Tout ce que j’espère c’est que cette absence de sommeil nocturne ne se reproduira pas. Une nuit… je pourrais tenir. Deux… à la rigueur. Mais… je suis moins puissante, j’ai donc besoin de plus de sang qu’avant il me semble. Sans oublier que tu m’as interdis de prélever trop de sang sur les marins. Faîte qu’elle s’endorme la nuit prochaine !

Mais j’ai aussi un autre sujet d’inquiétude. Belle au bois… désolée ! Je sais que tu m’as dit de ne plus l’appeler ainsi mais… j’en ai comme qui dirait pris l’habitude ! Donc… ma sœur de sang ressent la présence d’Eksos. Que dois-je faire Saëlle ? J’ai besoin de tes conseils.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 24.

 

Saëlle,

Notre voyage se déroule enfin un peu mieux. Nous nous éloignons enfin de ce maudit temple qui attirait tant ma sœur de sang. Elle a recommencé à dormir ce qui veut dire que j’ai pu me nourrir cette nuit. Malgré ton interdiction, j’ai prélevé un peu du sang sur deux marins. Je suis désolée Saëlle mais j’avais si soif. J’espère que tu me pardonneras. Mais tu dois comprendre que j’ai passé une nuit et deux jours entiers sans pouvoir boire la moindre goutte de sang !

Je ne sais pas si nos problèmes sont finis mais en tout cas, ma sœur de sang ne ressent plus la présence d’Eksos. Tant mieux ! Mais ne t’inquiète pas. Je continue de rester vigilante.

J’espère que nous serons bientôt arrivé. J’ai tellement hâte de retrouver mes pouvoirs. J’ai beau avoir conservé la force, les sens surdéveloppés ainsi que les visions, je me sens sans défense.

J’ai une faveur à te demander. Pourrais-tu me donner des nouvelles d’Ishta ? Nous nous sommes séparés alors que nous n’étions pas en très bons termes… enfin si ! Mais… comment dire ? Bref, je me suis enfuie de chez lui comme une voleuse alors… Si tu pouvais juste te renseigner sur ce qu’il pense… Merci d’avance.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 25.

 

Chère Saëlle,

Nous voyageons de nuit aujourd’hui. Je sais ! Tu m’as dit que nous ne devions pas le faire. Ne t’inquiète pas. Je n’irais pas contre des ordres sans avoir une bonne raison. En fait… je ressens un danger grandissant. Au début, j’ai pensé à Eksos. Mais ma sœur de sang n’en parle plus. Je te prie donc de m’excuser d’avoir pris cette décision malgré ta défense.

Mais ce n’est pas le seul problème que je rencontre en ce moment. Je crois que ma sœur de sang commence à soupçonner ce que je fais aux marins. Bien sûr, je ne lis pas dans ses pensées ! Mais j’en ai l’impression. Depuis une ou deux nuits, certains marins commencent à avoir mauvaise mine. Ils ont les traits tirés. Ils sont plus pâles. Elle me l’a fait remarqué aujourd’hui et en me disant cela, elle me regardai attentivement. Je lui ai juste dit que j’avais moi aussi remarqué que certains d’entre eux n’avaient pas l’air au mieux de leur forme.

Pour en finir avec une note plus légère ! Je voulais juste te faire remarquer que je n’appelais plus ma sœur de sang Belle au bois dormant dans les lettres que je t’envoie. Tu dois être contente !

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 26.

 

Ma chère Saëlle,

Je suis heureuse de voir que tu as approuvé ma décision. Nous voyageons maintenant jour et nuit. Plus on approche de ce temple et plus ma sensation de danger augmente. Je ne sais pas d’où elle provient. A moins que… je n’aie tout simplement peur de retrouver la mémoire. Cela pourrait être possible. Nous sommes ennemies toutes les deux. Qui sait ce qu’il se passera lorsque nous aurons retrouvé la mémoire ? Je suis une Maatan. Elle est une Baksha. Qui me dit qu’elle respectera notre promesse quand elle aura retrouvé ses souvenirs ? Que me dit que JE la respecterais ? J’ai très peur de ce que je vais découvrir. Quelle femme suis-je ? D’après ma sœur de sang, j’ai abandonné mes enfants. Pour quelles raisons ? Est-ce que c’était vraiment pour les protéger ? Et pourquoi pas plutôt pour me protéger ? Oui. J’ai très peur de ce que je vais découvrir. J’aimerais tellement me souvenir d’eux. Pourquoi les ai-je oublié? Je me suis rappelée d’Ishta, de mes amis. Enfin… en ce qui les concerne, je me suis surtout souvenue de leurs voix mais pas de leur visage et encore moins de leur prénoms. Mais je m’en suis souvenue. Ce n’est pas comme pour ma famille. J’aimerais savoir à quoi ressemblent mes enfants, leurs prénoms… Qui était leur père ? Peut être cet homme aux yeux verts dont m’a parlé ma sœur de sang. Comme tu le voies, je me pose beaucoup de question cette nuit.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 27.

 

Saëlle,

Je viens de m’apercevoir qu’au lieu de te parler de la navigation, je ne pense qu’à te confier mes doutes et mes interrogations. Je te remercie de tes encouragements et de tes conseils. Tu as sans doute raison. Je devrais arrêter de m’interroger sur ce que je suis. Mais… je ne peux m’empêcher de… Et voilà je recommence !

Je viens de prendre une bonne résolution Saëlle. A partir d’aujourd’hui, je ne te parlerais que de notre voyage. C’est promis. Nous avons donc eu aujourd’hui un beau temps ainsi qu’un vent constant. Nous devrions arriver plus tôt que je ne le pensais. Tant mieux, je saurais enfin qui je suis comme cela. Et voilà ! Je recommence !

   Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 28.

 

Saëlle…

Dis donc, je croyais que nous devions faire ce voyage, seules… sans aucune assistance. Je pensais que nous devions nous débrouiller toute seule. Alors… pourquoi ?

Je me suis rendue compte de pas mal de chose Saëlle. Je sais maintenant que nos marins ne sont pas vraiment des mortels. Où les as-tu trouvés ? Les Maatans ne sont pas en mesure de créer des êtres vivants. Enfin… plutôt devrais-je dire des jouets vivants. C’est ma sœur de sang qui m’y a fait penser. Elle m’a parlé d’un flash qu’elle a eu. Elle a parlé de poupée sans âme que pouvait créer les Aabs et qui avait l’apparence des mortels. J’aimerais que tu m’expliques Saëlle.

De plus, j’ai vu cette chère Nirthy. Du moins… l’une de ces métamorphoses. Moi aussi, je continue à avoir des flashs et je me suis souvenue de certaines choses Saëlle. Le seul moyen pour un Maatan de sortir au soleil sans se consumer c’est de se métamorphoser en animal.

J’ai un petit message pour Nirthy. Tu es un très beau chacal.

J’ai également compris qu’elle ne faisait pas que le messager entre nous deux. Voilà donc pourquoi le vent est aussi clément avec nous…

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 29.

Au secours Saëlle ! Je crois que ma sœur a compris pour les marins. Ils ont l’air de plus en plus malade et elle a l’air de penser que j’en suis la cause. Que dois-je faire Saëlle ? Je t’en pris ! Dis-le moi.


Nuit 30.

 

Saëlle,

Ne prend pas en compte mon dernier message. Il semble que ce ne soit qu’une fausse alerte. Elle n’a pas l’air de savoir pour les marins en fin de compte. Je suis désolée de t’avoir inquiétée pour rien.

Autrement, je n’ai rien à signaler. Du moins… en ce qui concerne notre voyage.

J’ai encore une faveur à te demander. En espérant que tu y répondes cette fois-ci. Comment va Ishta ? Il est vrai que tu ne m’en as donné aucune nouvelle ! En fait, ce n’est pas cela ma requête. J’aimerais que tu m’en dises un peu plus sur les Bakshas. Cet après-midi, ma sœur de sang a décidé de se laver. Vu que nos marins sont comme qui dirait amorphes et que nous ne rencontrons aucun bateau, elle l’a fait sur le pont. J’ai vu quelque chose d’assez étrange sur son dos. Elle a un tatouage. Elle a un dessin qui lui recouvre pratiquement la totalité du dos. Il s’agit d’une licorne blanche dont la corne est bleue autant que j’ai pu en changer. Mais ce n’est pas tout. Autour de la corne, il y avait un dragon rouge et noir qui s’enroulait. Peux-tu m’explique ce que cela signifie ? Merci d’avance.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 31.

 

Ma chère Saëlle,

Il semble que les soupçons de ma sœur de sang en ce qui concerne les marins se précisent. Mais je ne crois pas qu’elle ait compris que c’était à cause de moi qu’ils devenaient de plus en plus pâles. Certains ont vraiment l’air très malades. L’un d’eux était même à bout de souffle. Nous avons voulu qu’il se repose mais nous n’avons pas réussi à le décrocher de son poste. Pourquoi ? Nous avons finalement dû renoncer à lui faire prendre du repos. J’espère qu’il se remettra. Mais qu’est-ce qu’il me prend ? Même si tu ne m’as pas dit si c’était bien le cas, je sais qu’ils ne sont pas vraiment humains. Je ne devrais donc pas m’inquiéter pour eux. En fait, ils n’ont été créées que pour nous mener à bon port n’est-ce pas. Tout ce que j’espère c’est que ma sœur de sang ne va pas comprendre que…

Nirthy continue à nous donner du vent. En fin de compte, ce n’était pas moi qui étais inquiète. C’était plutôt toi, il me semble.

Merci Saëlle.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 32.

Saëlle,

 

J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer. L’un de nos marins est mort aujourd’hui. Enfin… il s’est évanoui en poussière tout d’un coup, en un claquement de doigt. C’était celui dont je t’ai parlé la nuit dernière, celui qui semblait plus malade que les autres. Tu dis que ce n’est pas de ma faute s’ils ont l’air malade. Pour quelles raisons alors ? Parce qu’ils ont fini de servir ? Je ne peux m’empêcher de croire que j’y suis pour quelque chose. Pourtant, je le jure ! Je n’ai pas prélevé plus de sang sur lui que sur les autres. Je te le promets ! Le problème c’est que je ne suis pas la seule à croire que j’ai quelque chose à voir là-dedans. Ma sœur de sang me croit responsable de sa disparition.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 33. 

Saëlle,

Je sais très bien que tu m’as dis que je n’étais pour rien dans ces disparitions. Mais que veux-tu ! Je ne peux pas m’empêcher de culpabiliser.

J’ai une question à te poser. Pourquoi as-tu demandé à Nirthy d’accélérer la vitesse de notre voyage ? Je ne comprends pas. A moins que tout ceci n’est un rapport avec la disparition de nos marins. En parlant de cela… il y a eu une nouvelle disparition aujourd’hui. Je n’étais même pas sur le bateau en plus. J’étais allée chercher de la nourriture pour ma sœur de sang. Pourquoi n’y est-elle pas allée elle-même ? Je ne sais pas ce qu’il se passe mais depuis que nous dépasser l’endroit où se trouverait le temple des Bakshas, elle s’affaiblit. Je sais que j’aurais dû t’en parler mais cela ne m’inquiétait pas vraiment… jusqu’à maintenant. Elle ne pouvait même plus bouger aujourd’hui. Dans tous les cas, maintenant, elle n’a plus l’air de me soupçonner d’être la cause de ces étranges disparitions. Le problème c’est que… c’est moi qui commence à croire que c’est elle la responsable. Que dois-je faire ?

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Nuit 34.

Saëlle

Il y a encore eu une disparition aujourd’hui et ma sœur de sang a l’air de plus en plus mal. Je voulais rebrousser chemin mais elle m’en a dissuadé. Elle veut que nous poursuivions ce voyage. Elle veut retrouver la mémoire. Je m’inquiète beaucoup pour elle. Elle bouge de moins en moins et son sommeil n’est plus aussi paisible qu’avant. Elle a l’air de faire pas mal de cauchemars. Elle répète souvent le nom d’un homme quand elle dort mais je n’ai pas encore réussi à comprendre ce nom. Cela doit être quelque chose comme Kéran… Kélan… je ne sais pas trop. Elle lui demande souvent pardon dans son sommeil. Il doit encore s’agir de souvenirs. J’ai tenté de l’interroger là-dessus mais elle dit qu’elle ne se rappelle pas d’avoir rêver.

Je n’ai qu’une seule chose à dire à propos de tout cela… heureusement que notre voyage touche à sa fin.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


 Nuit 35.

Saëlle,

Grande nouvelle cette nuit ! Nous sommes enfin arrivés à destination. Nous sommes entrés dans le lac Victoria au milieu de l’après-midi. Il fait nuit maintenant et ma sœur de sang dort sur le rivage à l’abri d’une tente de toile qu’on monté les marins. Cette lettre est la dernière que je t’envoie. Nirthy repartira avec la bateau et cette lettre bien sûr. Nous n’avons pas besoin qu’il reste. Contrairement à ce que tu dois sûrement croire, ma sœur de sang et moi sommes du même avis sur ce point. Nous voulons être seules. Nous devons être seules. Je me demande d’où nous est venu cette drôle idée. Je ne sais pas et ma sœur de sang non plus. Peut être est-ce l’instinct qui parler enfin ? Il n’y a pas dire… si c’est vraiment le cas… il a mis le temps !

Merci pour tout.

Au revoir et à bientôt.

Maatan sans nom.


Jour 35.

 

Nous étions maintenant arrivées au lac qui s’appelle dans le futur lac Victoria. J’avais renvoyé les marins que nous avons donnés Saëlle ainsi que mon chacal protecteur. Ah Nirthy ! Elle ne voulait pas partir d’ici. Elle ne voulait absolument pas nous laisser seules toutes les deux. Que croyait-elle ? Que nous allions nous entretuer dès qu’elle serait partie avec le bateau ! Je regardai ma sœur de sang. Elle était en train de suivre du regard notre bateau qui s’éloignait à une vitesse bien peu possible pour de simples motels. Ses yeux clairs se posèrent ensuite sur moi.

« Que devons-nous faire maintenant ? Me demanda-t-elle.

-Nous devons nous fier à notre instinct. » Répondis-je.

Elle vint s’asseoir à côté de moi sous la tente de toile que les marins avaient monté. Celle-ci allait nous servir d’abri pour les prochains jours. Elle pouvait bouger maintenant mais même si elle ne me le disait pas, je sentais bien qu’elle était toujours aussi fatiguée.

« Tu te fies à ton instinct, me dit-elle.

-Je ne sais pas si mon instinct suffira.

-Que veux-tu dire ?

-Et bien… Ishta a tout de même cherché cet endroit pendant des années. Il est bien plus puissant que moi. Sans oublier qu’il avait la totalité de ses pouvoirs quand il a fait cette recherche.

-Dors !

-Quoi ?

-Oui ! Dors ! C’est comme cela que tu as compris où se trouvait la source et ce qu’elle cachait.

-En clair, c’est moi qui doit faire tout le boulot ! »

Elle bâilla et s’étira.

« Tu es sûre que tu vas bien ? Lui demandai-je.

- Oui, j’en suis sûre. »

Mais ses traits tirés et les poches qu’elle avait sous les yeux me disaient le contraire. Elle avait pourtant dormi toute la nuit et son sommeil n’avait pas eu l’air d’être peuplé de cauchemars cette fois-ci. Son teint était plus terne, beaucoup moins éclatant. Elle avait vraiment l’air malade. J’avais bien remarqué que depuis que nous avions quitté l’endroit où le Nil bleu et le Nil blanc se rejoignaient, elle s’affaiblissait et allait de plus en plus mal. J’en avais même parlé à Saëlle dans mes lettres. Que pouvais-je faire ? Devais-je commencer les recherches ou attendre qu’elle se remette ? Je me demandais surtout d’où pouvait provenir cette fatigue. Peut être que les Bakshas étaient comme les Maatans ? Peut être se nourrissaient-ils de quelque chose en particulier ? Nous, c’était le sang… Mais eux ? Je n’en avais aucune idée. Ma sœur de sang sortit de l’abri que lui conférait notre tente pour aller en plein soleil. Nous étions au début de l’après midi. Le soleil était donc très haut. Elle s’assit en tailleur sur le sol puis leva les yeux vers le soleil. Je m’allongeai, les mains croisées derrière la tête. Je regardai la toile foncée de notre tente. Après plus d’un mois passé à cette époque, il m’arrivait encore de me demander si tout ce qui était en train de m’arriver était bien réel. Peut être que tout ceci n’était qu’un rêve ou plutôt un cauchemar ? Après tout… c’était bien possible ! A-t-on déjà vu ce genre de chose dans la vie réelle ? Des êtres qui boivent le sang des autres. D’autres qui possèdent des pouvoirs magiques. Cela ne pouvait pas être possible ! Je ne pouvais pas être une guerrière, une… Tout ceci n’avait aucun sens. Je me redressai légèrement pour regarder ce que faisait ma sœur de sang.

« Par tous les Dieux ! »

Je me levai précipitamment puis courrai jusqu’à elle. Je ne me préoccupai même pas du soleil alors que je ne portais pas le tissu qui m’avait protégé jusqu’à maintenant de cet ennemi juré qu’il était pour moi. Je la pris dans mes bras puis la ramenai sous la tente. Malgré la vitesse impressionnante dont j’avais fait preuve, le soleil avait parfaitement eu le temps d’agir et ce n’était pas mes vêtements qui allaient me protéger. Ma chemise et mon pantalon blancs n’avaient pas été de bons remparts contre ses rayons meurtriers. Je sentais une odeur de viande grillée et j’avais mal partout. Je déposai avec précaution mon fardeau à terre. Belle au bois dormant n’avait jamais autant mérité son nom. Elle était totalement inconsciente. Je vérifiai rapidement son pouls et sa respiration. Elle respirait. Son cœur battait. Tout semblait normal.

« Dieu merci, je n’aurais pas à te faire du bouche à bouche. » dis-je tout haut.

Remarque, elle est plutôt jolie et puis cela ne serait peut être pas aussi désagréable que cela en fin de compte.

« Beurk ! Mais à quoi suis-je en train de penser bon sang ! Oh et puis arrête cinq minutes ! Tu ferais mieux de t’occuper d’elle et d’arrêter de parler. »

Oui, il faut vraiment que j’arrête de parler tout haut quand je suis toute seule… ou quand je suis avec quelqu’un d’inconscient. Je devais m’occuper d’elle. Je le voulais… mais mon inconscience m’avait coûté cher. Un geste et la souffrance due à mes brûlures augmentaient. J’installai Belle au bois dormant comme je le pouvais. Je la veillai pendant plusieurs heures sans faire le moindre mouvement. Mais il fallait tout de même que j’agisse. Le soleil allait bientôt se coucher. Elle ne se réveillerait certainement pas avant l’aube. J’allais bien finir par trouver une solution.


 Nuit 38.

 

Ma sœur de sang resta inconsciente pendant deux jours et trois nuits. Elle ne se réveilla qu’à l’aube de la trente huitième journée que nous passions dans ce temps. La deuxième nuit, elle avait eu de la fièvre et elle s’était mise à délirer dans une langue inconnue. C’était sûrement celle des Bakshas. En tout cas, il y avait un mot que j’avais compris. Elle avait plusieurs fois prononcé le nom d’Eksos. L’avait-elle senti près de nous ? A moins qu’elle n’ait été en train de le voir dans ses rêves tout comme moi, je voyais Ishta. L’eau du lac m’avait permis de faire baisser sa fièvre et quelques gouttes de mon sang avaient fait le reste. Une nouvelle fois, j’avais dû trahir les préceptes que l’on l’avait enseigné lorsque j’étais devenu une Maatan. Quant à mes brûlures, elles n’étaient pas encore tout à fait guéries mais elles ne me faisaient presque plus souffrir maintenant. C’était déjà ça.

Lorsque ma sœur de sang reprit connaissance et me vit, elle comprit tout de suite ce que j’avais fait;

« Espèce de folle ! »

Ce fut la première chose qu’elle me dit en se réveillant.

« Je t’ai sauvé la vie et c’est de cette manière que tu me remercie ! » répliquai-je.

Elle ne répondit pas et voulut se lever. Je l’en empêchai.

« Ne bouge pas, ordonnai-je.

-Et le Temple ?

-Il est ici depuis des milliers d’années. Il peut bien nous attendre quelques jours. »

Je me levai après qu’elle se soit recouchée pour lui apporter de la nourriture. Je revins vers elle en disant :

« Tu sais cela ne me fait pas mal du tout. »

C’était un mensonge bien sûr. Elles me faisaient souffrir mais je crois que j���avais déjà connu pire.  Elle était encore faible. Je l’aidai à se redresser puis je lui mis une assiette de bois sur les genoux.

« Ne t’inquiète pas pour moi, lui dis-je. Mes brûlures finiront bien par guérir. Tu dois t’occuper de toi. Pour l’instant, la seule chose dont tu aies besoin c’est de la nourriture. Pas de ta mémoire… à moins que tu ne saches plus comment faire pour manger bien sûr. »

Elle sourit.

« Je crois que j’y arriverais, me dit-elle.

-Nous n’avons donc pas besoin du Temple ! » Conclus-je joyeusement.

Son sourire s’élargit.

« C’est vrai. » convint-elle.

Elle se mit à manger lentement. Je la regardai faire en silence.

Son repas fini, je repris l’assiette de bois. Elle se recoucha. Ma sœur de sang avait encore les traits tirés mais elle avait enfin perdu ce teint cireux qu’elle avait eu pendant ces derniers jours. Je m’assis à côté d’elle. Elle me regardait attentivement.

« Maatan…

-Oui.

-Merci.

-Tu aurais fait la même chose voyons. »

Elle prit un air soucieux.

« Je ne sais pas, me dit-elle pensive.

-Oh si, tu l’aurais fait ! Répliquai-je. Les Maatans et les Bakshas se ressemblent beaucoup ne l’oublie pas. »

Cette exclamation la fit rire.

« Tu as peut être raison… c’est à se demander la raison de la guerre qui existe entre nos deux peuples. Pourquoi cette haine entre nous ? Le plus curieux, c’est que je la sens toujours en moi… même après tout ce qui s’est passé. J’ai toujours senti ce sentiment en te regardant. Je n’ai jamais pu m’en empêcher. »

J’aurais pu m’offusquer de ses paroles. Mais… je sentais moi aussi cette haine au plus profond de moi. Elle avait l’air d’être inscrite en moi. Pourtant… je l’avais aidée et je savais qu’elle en aurait fait de même pour moi. Même s’il y avait cette étrange haine entre nos deux peuples, il semblait aussi y avoir un profond respect entre les Maatans et les Bakshas. Je regardai le lac. Ses eaux bleues brillaient sous le soleil.

« Peut être que nous ne sommes pas fait pour nous entendre, lui dis-je. C’est sans doute aussi simple que cela.

-Nous nous ressemblons sans doute trop pour pouvoir cohabiter, ajouta-t-elle.

-Sans doute. Les Bakshas et les Maatans ont vraiment le même caractère de cochon. » Plaisantai-je en me tournant vers elle.

En fait, je plaisantais à moitié. Elle baissa la tête et un fin sourire éclaira son visage. Elle est jolie. Elle est belle même. Bon… sa beauté n’est peut être pas très classique mais elle possède un charme certain et ses yeux sont vraiment superbes. Elle releva soudain la tête.

« Je crois que j’ai compris de quelle manière nous pourrions trouver le Temple. » me dit-elle d’un ton calme.

J’étais en train de boire. Je m’étranglai à cette annonce.

« Quoi ! M’exclamai-je.

-Oui, continua-t-elle de sa petite voix calme, je crois que j’ai trouvé un moyen.

-Explique-toi alors !

-Tu te souviens de ce que nous a dit Saëlle ?

-Bien sûr que oui. Tu me prends pour qui. Elle a dit que nos armes avaient été forgées là-bas.

-Je ne parlais pas de cela. Saëlle a surtout dit que ce Temple était l’endroit où tout a commencé.

-Oui. Et alors ?

-Tu ne vois toujours pas ?

-Pour être honnête… non.

-Tu l’as dit toi-même. Nous nous ressemblons beaucoup et si… nous avions une origine commune ? » Proposa ma sœur de sang.

J’avais compris ce qu’elle voulait dire. Les Maatans et les Bakshas étaient sans doute nés ici ce qui voulait dire que…

« Je vois que tu as compris, me dit-elle. Ishta n’a rien trouvé car il était seul… tandis que nous, nous sommes deux.

-Nous devrions donc associer nos instincts si nous voulons trouver ce temple.

-C’est-ce que je croie en effet.

-C’est logique après tout. Mais comment pouvons-nous associer nos instincts ?

-Je ne le sais pas. Et toi ? Tu dois bien le savoir ! »

C’était elle qui faisait de la magie ! Pas moi ! Je n’avais pas le moins du monde besoin de formules si je voulais invoquer mes pouvoirs.

« Oui… essaie de provoquer une vision. » ajouta-t-elle.

C’était donc à cela qu’elle pensait. A mes visions… mais nous avions un petit problème alors.

« Je ne contrôle pas ce pouvoir, je te le rappelle.

-Et moi, j’ai perdu la mémoire. Je suis pourtant sûre qu’il existe une formule qui nous permettrait de… »

Elle se plongea dans ses pensées. Je la laissai se torturer l’esprit pendant dix bonnes minutes avant de lui poser la main sur l’épaule.

« Écoute, lui dis-je, tu as fait la moitié du travail. C’est donc à moi de trouver comment nous pourrions faire fusionner nos esprits.

-Tu es sûre que tu y arriveras ? » Me demanda-t-elle avec un petit sourire ironique.

Je pris le bout de tissu qui me servait à me protéger du soleil et lui envoyai à la tête. Cinq minutes plus tard, la visage souriant de ma sœur de émergea du tissu foncé.

« Douterais-tu de mes capacités ? » répliquai-je d’un ton léger.

Elle redevint sérieuse.

« Tu penses vraiment que tu as trouvé un moyen de…

-Pas encore mais je finirais bien par trouver. »

Elle m’avait lancé un défi ! J’allais le relever. Ah, les Maatans et leur fierté ! S’il est un pêché que nous possédons, c’est bien celui d’orgueil. Nous sommes orgueilleux de notre condition, de nos pouvoirs aussi. Nous sommes fiers. Beaucoup trop fiers pour demander de l’aide au reste du groupe… sauf peut être à notre jumeau. Après tout… pourquoi pas ?

« A quoi es-tu en train de penser ? Me demanda ma sœur de sang.

-A un ange. » Répondis-je mystérieusement.

A qui pouvais-je demander de l’aide si ce n’est à lui ? Ishta, mon ange gardien, ma lumière dans la nuit.


Nuit 39

 

Ma sœur de sang s’était endormie. Je la laissai seule pour aller chasser. Je n’avais pas peur de faire une telle chose. Après tout, je réussissais bien à me défendre pendant mon sommeil même en ayant perdu mes pouvoirs de Maatans, il devait donc en être de même pour elle. Je savais peu de chose en ce qui concernait les Bakshas, les Aabs et les pouvoirs qu’ils pouvaient posséder. Je savais juste que les Aabs contrôlaient l’un des quatre éléments tandis que les Bakshas en contrôlaient deux. J’étais curieuse de savoir quels éléments pouvaient bien gouverner ma sœur de sang. Avec son tempérament calme, il devait s’agir de l’eau ou de l’air. A moins que… j’avais pu me rendre compte qu’elle possédait tout de même un sacré caractère. Elle était au moins aussi obstinée que moi. Il fallait voir l’insistance qu’elle avait mise dans son désir de se rendre dans le temple des Bakshas au croisement des deux Nil. Même si elle semblait plus calme que moi, nous avions le même tempérament de feu. Oui, elle devait sûrement contrôler cet élément.

Après ma chasse, je revins à notre campement. J’en avais marre de me nourrir de sang animal. Mais je ne devais pas éveiller les soupçons des indigènes. Je m’assis à côté de ma sœur de sang. Sa respiration était calme. Elle ne bougeait pas d’un pouce. Je vérifiai rapidement son pouls. Tout semblait bien aller. Elle était enveloppée dans la pièce de tissu foncé qui me protégeait habituellement du soleil. Elle allait bien. Pas comme la nuit précédente où elle s’était agitée et où elle avait eu du mal à respirer. Je regardai le lac puis le ciel. La lune en était à son premier quartier. Je regardai de nouveau les eaux noires légèrement éclairées par la lumière de la lune. Je fermai les yeux. J’entendis des éclats de voix, des rires… puis des bruits d’éclaboussures…


Un lac en France

L’été précédent

 

« Je le savais ! J’aurais dû rester avec Shiva. » Marmonnait mon jumeau en mettant un pied dans l’eau.

Contrairement à moi, Ishta détestait l’eau. Moi, cela faisait un bon moment que j’étais entrée dans l’eau et que j’étais en train de nager. Ne respirant plus, je pouvais même rester des heures sous l’eau… attendant ma prochaine victime qui…

« Dommage qu’Ishta ne veuille pas venir vers nous, dit Alex.

-Nous pourrions l’admirer d’un peu plus près comme cela, ajouta Marie. Ce type a l’air d’avoir des abdos en béton. »

…Attendant ma prochaine victime qui… materait mon Ishta !

« Fais attention Marie. N’oublie pas à quel point Ahélya peut… » Lui rappela Alex.

Allait-il dire jalouse ? Il aurait eu raison. Je me transformai en une inoffensive couleuvre d’eau puis je m’approchai de Marie. Mes écailles frôlèrent sa peau. Elle sursauta en poussant un petit cri de frayeur.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Lui demanda Diane.

-Rien… j’ai cru que… »

Je revins à la charge. Nouveau cri de frayeur. Pendant ce temps, Ishta s’était peu à peu approché de nous mais… Il décida de sortir lorsque l’eau devint trop profonde. Il rejoignit Ella et Jenny qui étaient sortis de l’eau quelques minutes plus tôt. Se trouvait donc dans le lac : Marie, Alex, Diane et… Peter, son petit ami avec qui elle était depuis bientôt deux ans… c’est-à-dire mon âge vampirique dans un mois. Le temps passait si vite. Bien sûr, il y avait aussi un vilain petit serpent qui prenait un malin plaisir à frôler les jambes de Marie pour l’effrayer. Elle n’aurait pas dû mater mon Ishta. Hélas, je me retrouvais bientôt à l’air libre… dans la main d’Alex. Il me montra à Marie.

« Regarde, lui dit-il, ce n’est qu’une inoffensive couleuvre. »

Tu vas voir si je suis inoffensive Alex ! Je m’enroulai autour de son bras. Ce que j’allais faire était plutôt cruel mais la cruauté n’était-elle pas une seconde nature chez moi ? La plus grande phobie d’Alex, c’était les araignées. Qu’allait-il faire s’il se retrouvait avec une grosse araignée noire sur le bras. Mais je n’eu pas le temps de mettre mon plan à exécution. Marie s’était approchée d’Alex et regardait attentivement le serpent qui s’enroulait autour de son bras.

« Donne-la moi. » lui dit-elle soudain.

Alex s’exécuta. Que voulait faire mon amie ? Elle sortit le plus vite possible de l’eau et me jeta sur Ishta qui s’était allongée à l’ombre. Il aurait très bien pu se mettre au soleil. De toute façon, nous ne bronzions pas. Mais même si nous ne brûlions pas, le soleil et sa lumière agissait sur nous et nous affaiblissait.

« Qu’est-ce qui te prend ?! » s’exclama Ella.

Elle aperçut alors la couleuvre qui n’en menait pas large dans la main de Marie. J’avais compris ce que cette dernière voulait faire? Ishta se redressa et me prit dans sa main.

« Est-ce que tu peux me dire s’il s’agit bien d’une couleuvre ? » lui demanda Marie.

Mon jumeau la regarda un peu étonné par cette étrange demande mais il y accéda. Moi, je me tortillais dans tous les sens pour m’échapper de sa main. Il me regarda dans les yeux et sourit. S’il te plait, ne leur dit pas que c’est moi, le suppliai-je mentalement. Son sourire s’élargit. Il me posa par terre et dit :

« C’est bien une couleuvre. Ne t’inquiète pas. »

Si j’avais encore pu respirer, j’aurais poussé un immense soupir de soulagement en entendant ce que venait de dire Ishta. Je me dirigeais rapidement vers le lac mais… j’entendis soudain un bruit plutôt effrayant pour le petit serpent que j’étais pour le moment. Un hibou se dirigeait droit sur moi. Sous cette apparence, je n’avais guère de chance de lui échapper. Je changeai donc de forme pour adopter celle que je préférai entre toute. Le hibou aussi changea de forme pour prendre la même apparence animale que moi. Un loup noir se jeta sur moi. J’esquivai par un bond en arrière et… je me retrouvai dans l’eau. Le loup noir n’osa pas me suivre. Il se transforma de nouveau. Tout en se redressant, Ishta reprit sa forme humaine. Il tendit la main vers la louve qui se trouvait dans l‘eau : moi. Je redevins à mon tour moi-même puis sortis du lac. J’attrapais la main d’Ishta. Main dans la main, nous revînmes vers les autres. Mes amis avaient installés une nappe sous les arbres et commençaient à sortir leur pique-nique. Jenny mordit dans son sandwich puis dit :

« En tout cas, il y a au moins un avantage à connaître deux Vampires… enfin, je veux dire deux Gardiens.

-Ah ! Parce que tu trouves qu’il y a un avantage, exclama ironiquement Alex.

-Fais gaffe, le prévins-je tout en me versant à boire. N’oublie pas que je peux me transformer en un animal que tu apprécies beaucoup… »

Je me tournai ensuite vers Jenny.

« Mais je suis un peu de l’avis d’Alex. C’est quoi cet avantage ? »

Jenny sourit.

« C’est juste qu’il y a toujours beaucoup d’animation que vous êtes avec nous tous les deux. »

Je regardai Ishta. Pourquoi avait-elle autant insisté sur le tous les deux ? Ishta, lisant dans mon esprit, lui posa la question.

« Quand vous n’êtes pas occupés à vous battre l’un contre l’autre, vous vous servez de vos pouvoirs sans même vous en rendre compte.

-C’est faux. » Dit Ishta.

Je lui lançai un regard dubitatif. Jenny n’avait pas tout à fait tort. Nous nous servions souvent de nos pouvoirs alors que ce n’était pas du tout nécessaire. La preuve…

« Regarde donc ce que tu es en train. » dis-je à mon jumeau.

Il essayait de déboucher une bouteille de vin avec un tire-bouchon qui avait l’air d’être en argent. Il devait sûrement s’agir de son poignard. Quel manque de respect envers son arme ! Je lui en fis la remarque.

« Mais ce n’est pas mon poignard. » avoua-t-il.

Non ! Aurait-il vraiment osé ? Je regardai mon sac à dos et appelai mentalement mon poignard. Rien ne vint. J’appelai alors le poignard d’Ishta. Il était dans le sac. Il en sortit puis vint à moi. Je me tournai vers mon jumeau. Il en avait profité pour s’éloigner prudemment de moi, mon poignard à la main. Je me tournai vers Jenny.

« Nous sommes tout le temps occupés à nous battre ! » m’exclamai-je.

Je me levai précipitamment pour poursuivre mon jumeau. Il se changea en chauve-souris. Avec une rafale de vent, je le poussai où je le voulais.

« Redeviens humain. » murmurai-je en le fixant attentivement.

C’est-ce qui se produisit aussitôt. Ishta était juste au dessus de l’eau. Il tomba dans le lac sans avoir eu le temps d’utiliser un seul de ses pouvoirs Je savais très bien qu’Ishta ne savait pas nager et qu’il avait peur de l’eau… lui ! Peur de l’eau ! Un Gardien ! J’avais finalement ouvert la bouteille de vin et j’en avais versé dans un verre. Je le bus sans prêter la moindre attention aux bruits d’éclaboussure qui pouvait faire Ishta. Ella m’interpella.

« Tu ne crois pas que tu devrais aller l’aider ?

-Pourquoi ? Demandai-je.

-Et s’il se noyait ? »

Ceci m’importait vraiment peu.

« Il est déjà mort. Il ne risque rien. »

Il n’y eut plus aucun bruit. Je me levai lentement.

« Bon, je vais aller le chercher. »

Je courus jusqu’au lac puis plongeai. Ishta était en train de couler. Je l’attrapai par un bras puis le ramenai à la surface et enfin sur la terre ferme.

« Il va bien ? Me demanda Marie d’un ton inquiet.

-Pour un homme mort depuis plus de trois mille ans, je crois que oui. » Répondis-je.

Une quinzaine de minutes plus tard, Ishta ouvrit enfin les yeux. Il se pencha sur le côté pour recracher l’eau qu’il avait avalé.

« Tu me le payeras, me dit-il sur un ton très doux.

-Pas en nature en tout cas. » Répliquai-je sur le même ton.

Nous nous réinstallâmes.

« Je déteste l’eau ! » pesta Ishta en s’asseyant.

Moi, au contraire, elle me fascinait…


Nuit 39

 

…Et elle m’a toujours fascinée. Je regardai l’eau avec un petit sourire amusé.

« Et pourquoi pas ? » murmurai-je.

Je me débarrassai rapidement de mes vêtements. Après avoir pris la dague que Saëlle m’avait confiée, je plongeai dans l’eau complètement nue. Un vrai bain de minuit ! Dommage qu’Ishta ne soit pas là et qu’il déteste l’eau. Je m’enfonçai dans les profondeurs du lac tout en espérant que je ne ferais aucune mauvaise rencontre. Mais après tout, j’avais la dague et j’excellai dans les combats à l’arme blanche. Je nageai pendant plus d’une heure et demie… et c’est là que je découvris trois textes écrits dans l’alphabet des maas. Deux d’entre eux m’étaient incompréhensibles. Le dernier, par contre, était dans la langue des maas. Les trois textes avaient été gravés dans la pierre à une profondeur que des mortels ne pouvaient certainement pas atteindre sans équipement… à moins d’être un champion du monde de l’apnée… et encore ! De plus, ces trois textes étaient en grande partie cachés par de la végétation marine. De plus, la taille des lettres n’excédait pas quelques millimètres. Un mortel ne pouvait donc que très difficilement les découvrir. Surtout à cette époque ! A la notre et s’ils étaient aussi importants que je le pensais, d’autres barrières devaient les protéger des mortels ? Je m’approchai de la paroi pour examiner les textes de plus près. Il s’agissait bien de trois textes distincts écrit l’un à côté de l’autre et séparés par une ligne verticale. Un peu comme pour la pierre de Rosette. Je tentai de rassembler mes souvenirs sur le sujet mais je ne me rappelais de rien. Je me souvenais juste que sur cette pierre était écrite trois textes l’un au dessous de l’autre dans trois langues différentes. J’abandonnai ma recherche de souvenirs pour commencer à lire le texte dans la langue des maas, celui du milieu. Si je traduisais bien, cela donnait ceci :

*

Toi qui veux violer le secret des Immortels, craint la vengeance de leur esprit. Il engloutira ton cadavre dans la mer. Il jettera ta famille aux crocodiles. Il te livrera à la colère des Puissants.

Toi qui veux connaître les formules d’immortalité, craint la colère de celles qui en détiennent le secret. Ton esprit souffrira mille tourments Ton corps sera attaqué par la maladie. Ton cœur ne sera que souffrance et tristesse.

Seules les Setbemekhats peuvent entrer en ce lieu sans craindre la malédiction des Dieux. Elles sont les guerrières aux sabres et aux poignards. Elles sont les femmes aux sangs mêlés. Elles sont les gardiennes de tous les secrets de l’éternité.

*

En tout cas, elles ne plaisantaient pas ces Setbemekhats ! Dans quelle galère Saëlle nous avait-elle envoyées ? Setbemekhat… qui ce mot pouvait-il bien désigner ? Des femmes… c’était certain. Des guerrières aussi. Les femmes aux sangs mêlés ! Non ! Cela ne peut pas être possible ! Elles n’auraient pas osé ! En tout cas, cet étrange mot se répétait dans les deux autres textes. Un même texte dans la même écriture mais avec trois langues différentes… celle des maas… Celle du dessous devait être la langue des aabs mais la dernière ? Je me décalai sur le côté gauche. On trouvait ici un étrange petit puzzle. Il s’agissait de petits carrés que l’on devait déplacer pour former un dessin… ou une lettre peut être. On trouvait le même système sur le côté droit. Mais là, je trouvais tout de suite ce qui devait y figurer… le signe des Maatans. De l’autre côté, il devait donc se trouver celui des Bakshas. Je sentis alors que le soleil n’allait pas tarder à se lever. J’étais donc restée aussi longtemps dans l’eau. D’un vif mouvement des jambes, je me propulsais vers la surface.


Jour 39

 

J’attendis que ma sœur de sang se réveille pour pouvoir lui apprendre mon aventure sous marine.

« Tout ceci est très intéressant, me dit-elle, mais comment être sûres que nous pouvons entrer sans risque ?

-Souviens-toi… il est écrit que les femmes aux sangs mêlés peuvent y entrer… et nous sommes, toi et moi, des femmes aux sangs mêlés.

-C’est vrai… mais comment comptes-tu me faire aller jusqu’à cette porte. Je respire moi ! » Me rappela-t-elle.

Je haussai les épaules.

« Si ce que je croie sur toi est vrai, il ne devrait y avoir aucun problème.

-Et que croies-tu savoir sur moi je te prie ? Me demanda-t-elle un sourire aux lèvres.

-Tu veux vraiment le savoir ? »

Elle acquiesça.

« Comme tu veux ! »

Je m’emparai du tissu qui me permettait de me protéger du soleil pour m’en couvrir. Je l’attrapai par un bras, la hissai sur mes épaules et m’approchai du lac. Arrivée au bord, je la lâchai dans l’eau. Elle revint très vite à la surface et cria :

« Tu es vraiment folle ! Mais qu’est-ce qui ta pris bon sang ?! »

Je plongeai à mon tour. Remontée à la surface, la tête couverte par le tissu, je lui montrai du doigt quelque chose au niveau de son cou. Elle y porta la main. Ce qu’elle y trouva l’étonna profondément.

« Des ouïes, murmura-t-elle,… comme pour les poissons. »

J’avais raison ! Elle contrôlait bien l’élément eau. Mais je vais être honnête. En fait, je l’avais balancée à l’eau sans même savoir si j’avais raison, sans même savoir si elle savait nager.

« Comment l’as-tu su ? Me questionna-t-elle.

-A ton avis… »

Elle réfléchit quelques minutes.

« Tu n’en avais aucune idée en fait.

-Disons que j’avais quelques soupçons. » Hasardai-je.

Elle ne me parut pas très convaincue par ma réponse.

Je lui fis signe de me suivre. Nous plongeâmes. Je retrouvais tout de suite les inscriptions et les deux puzzles. Ils se trouvaient à un peu plus de six cents mètres de notre campement. Par contre, je n’avais aucune idée de la profondeur à laquelle nous pouvions bien nous trouver. Je vis ma sœur de sang examiner attentivement les trois textes. En comprenait-elle le contenu ? Apparemment oui. Elle se tourna vers moi. Je lui montrai le puzzle qui la concernait. Elle avait compris. En même temps, nous résolûmes le problème. Les pièces étaient parfaitement à leur place mais il ne se passait rien. Je regardai ma sœur de sang sans comprendre. Elle me fit une mimique d’incompréhension. Que devions-nous faire maintenant ? Notre instinct ne nous aidait pas beaucoup sur ce coup-là ! Il n’y avait pourtant aucun autre système d’ouverture. Il n’y avait aucune autre inscription. Belle au bois dormant avait recommencé à examiner la paroi pendant que moi, je m’étais ’’assise’’ en tailleur entre deux eaux. Comment pouvions-nous ouvrir ce truc ? Que fallait-il faire ? Le frapper ? Lui envoyer une petite rafale de nos pouvoirs ? Cette dernière solution allait être problématique vu que la plupart de nos pouvoirs étaient actuellement hors service pour un temps encore indéterminé. Je sentis soudain un mouvement dans l’eau. Je me retournai et… étouffai un cri de surprise. Je sortis la dague que je portai à la ceinture, déjà prête à frapper. Mais le monstre que j’avais en face de moi ne bougea pas. Je sentis de nouveau un mouvement dans l’eau. C’était ma sœur de sang. Elle s’était approchée de moi et avait sa main sur la mienne, celle dans laquelle je tenais mon arme. Doucement, mais fermement, elle m’obligea à la baisser. Je la regardai. Elle posa son doigt sur ses lèvres.

« Laisse-moi faire. » semblait-elle dire.

Elle s’approcha lentement de la créature. Celle-ci était un hybride entre un dragon et un dinosaure. En tout cas, ses dents ne me donnaient pas vraiment envie de m’approcher de lui. Ma sœur de sang, au contraire, semblait confiante. Elle est folle ! Elle ne va pas pouvoir rester en vie face à ce monstre ! Et toi alors ? Cela te va bien de dire cela ! Après tout, ne m’étais-je pas délibérément exposée au soleil pour la sauver alors que je savais très bien ce que cela pouvait me faire ? Le dragon émit un grognement. Je me remis aussitôt en position de combat. Mais Belle au bois dormant se tourna vers moi et me fit signe de ranger ma dague. Je la baissai de nouveau mais ne la rangeai point. Le dragon baissa la tête vers elle. Elle la lui caressa puis murmura quelque chose. La créature disparut. Je restai sans voix… ce qui n’était pas trop compliqué en fait… Allez parler dans l’eau ! Il va falloir qu’elle m’explique certains petits trucs. Elle se tourna vers moi et sourit. Tranquille. Elle me rejoignit. Je rangeai enfin ma dague. Le danger était passé maintenant. Le visage de ma sœur de sang était devenu plus serein. Elle ‘’s’assit’’ en tailleur puis me fit signe de faire de même. Je m’exécutai. Nous étions l’une en face de l’autre. Elle prit mes mains et ferma les yeux. Je fis de même. J’avais compris ce qu’elle voulait faire. Je me concentrai sur son image comme elle devait le faire sur la mienne. J’entendis bientôt sa voix. Comment avais-je pu oublier une telle chose sur les aabs ! Ils étaient tous télépathes… dès leur naissance. Contrairement aux Vampires, chez qui ce pouvoir ne se développait que rarement.

« M’entends-tu ? » me demanda-t-elle.

Je la laissai pénétrer mes pensées.

« Je t’entends, répondis-je.

-Je sais comment mêler nos esprits, nos instincts… Concentre-toi sur le tien. »

J’obéis. Mon instinct de Maatan ne mit pas longtemps à entrer en contact avec celui de ma sœur de sang, celui des Bakshas. Ce qui m’étonna. C’était une expérience encore plus impressionnante que celle que j’avais connu avec Ishta. Avec mon jumeau… je devenais lui ! Là, c’était différent. Totalement différent. Je n’étais pas elle. Je ne devenais pas elle. Je voyageais dans son esprit. Je voyais ses souvenirs… du moins, ceux qu’elle possédait encore. Par tous les Dieux ! Elle va voir ce qui s’est passé entre Ishta et moi, réalisai-je soudain. Je sentis alors sa main presser plus fortement la mienne. J’avais failli rompre le lien à cause de cette pensée stupide. Même si elle était une Baksha, je devais lui faire confiance. Nos mains gauches se déjoignirent puis nous les posâmes sur les puzzles qui nous correspondaient. En même temps que Belle au bois dormant, j’exerçai une pression sur la pièce centrale du puzzle. Je sentis alors la paroi vibrer. Je rouvris les yeux et regardai ma sœur de sang. Je regardai ensuite la paroi. Elle était toujours là bien sûr mais ma main était enfoncée à l’intérieur. J’entrai, toujours main dans la main avec Belle au bois dormant. Derrière la paroi se trouvait un couloir interminable aux murs d’or recouvert de bas relief. Je regardai derrière nous. Je voyais à travers la paroi tout ce qui se passait dans le lac. Je passai ma main dans la paroi puis la ressortis.

« C’est incroyable, dis-je. L’eau ne peux pas passer mais ma main si.

-Il s’agit d’un sortilège créé par les Bakshas. » M’informa ma sœur de sang.

Comme si je ne m’en doutais pas.

« Comme le dragon d’ailleurs. » ajouta-t-elle.

Mais elle en profita pour m’en apprendre un peu plus sur son peuple et leurs pouvoirs.

« Les aabs n’ont pas assez de pouvoir pour réaliser ces sortilèges, m’apprit-elle. En fait, il suffit de prononcer les bonnes paroles, de faire les bons gestes pour les faire apparaître ou disparaître.

-Ce sont des illusions alors.

-C’est un peu cela en effet. Le dragon a été créé à partir d’un sortilège oral. La porte par contre a été scellée par un sortilège corporel.

-J’ai bien peur de ne pas comprendre.

-Regarde ta main. » Me dit-elle.

Ce que je fis. Au creux de ma paume, il y avait plusieurs petits points rouges, comme si j’avais été piquée par des aiguilles.

« Ce sortilège est donc basé sur le sang, conclus-je.

-C’est bien cela. Ces sortilèges… ce signe… tout ceci veut dire que des Bakshas protègent cet endroit. »

J’observai rapidement le couloir dans lequel nous nous trouvions. Mon regard se posa alors sur un bas relief que je connaissais bien.

« Cet endroit est également protégé par des Maatans. Regarde. »

Je m’approchai du mur sur lequel on trouvait un signe typiquement ’’maatanien’’.

« Qu’est-ce que c’est ? Me questionna ma sœur de sang.

-Il s’agit d’un signe de protection. En général, nous nous en servons pour protéger les endroits où nous vivons.

-Un signe de protection contre quoi ?

-Contre les mortels, les Bakshas… tous ceux qui pourraient nous vouloir du mal en fait. Seul un Maatan est capable de contrecarrer ses pouvoirs. Les pouvoirs de ce signe sont très puissants.

-Je ne vois pas en quoi il est en mesure de protéger cet endroit contre ceux qui ne sont pas des maas.

-Avance et tu verras bien. »

Je n’avais guère apprécié le ton de sa voix de ces dernières paroles. Elle allait voir que la magie des Maatans valait bien celle des Bakshas et qu’elle était tout aussi puissante. Elle avança. Aussitôt, des flèches et des épées d’argent sortirent du mur. Elle dut faire un bond en arrière pour les éviter.

« Que devons-nous faire ?

-Prie pour que le pouvoir que je détiens sur l’argent fonctionne toujours, répondis-je.

-Que veux-tu dire ? »

Je m’avançai à mon tour. Comme pour ma sœur de sang, des armes en argent sortirent du mur. Je les regardai. Elles n’allaient pas tarder à me toucher et à me transpercer de toute part. J’entendis alors ma sœur de sang pousser un soupir de soulagement.

« Tu as réussis ! »

En effet. Je n’avais peut être pas réussi à transformer toutes ces armes en quelque chose d’innove mais je les avais faites fondre au moins. Ma sœur de sang se fraya un chemin entre les flaques d’argent fondu. Aucune arme ne sortit du mur. Nous continuâmes notre chemin. Divers pièges y étaient encore tendus mais nous réussîmes à triompher de ceux-ci sans problème.

Nous arrivâmes enfin dans une grotte où s’élevait trois temples à colonnes. Deux d’entre eux étaient circulaires. Le dernier commençait par une immense salle rectangulaire et se terminait par un hémicycle. Nous entrâmes d’abord dans celui-ci. Les colonnes étaient chargées de bas-reliefs qui représentaient des scènes de la vie quotidienne… du moins de celle des Maas et des Aabs mais surtout des Maatans et des Bakshas. Nous finîmes par arriver au fond du temple. Quatre statues monumentales s’appuyaient contre la paroi. L’une était en argent, deux en or et la dernière était faîte de ces deux métaux. Je m’approchai de la statue d’argent tandis que Belle au bois dormant s’approchait des deux statues d’or. La statue d’argent était celle d’un home jeune aux traits presque androgynes.

« Shiva. » murmurai-je.

Je me souvenais de lui maintenant. J’étais chargée de sa protection… je regardai ma sœur de sang. Elle avait posé la main sur l’une des deux statues d’or, celle qui représentait un homme.

« Vishnu. » dit-elle.

Évidemment, après Shiva, nous ne pouvions avoir que Vishnu. Par contre, mes connaissances sur l’hindouisme étaient assez limitées. Qui pouvaient être les deux femmes ? Ma sœur de sang apposa alors la main sur la statue d’or qui représentait une femme.

« Et Kali. » ajouta-t-elle.

Je m’approchai d’elle.

« Qui sont-ils pour toi ? » lui demandai-je.

Elle se recueillit pendant quelques instants.

« Vishnu est le premier Aab. Kali la première. Et toi ? Me questionna-t-elle. Qui est-il pour toi ? »

Elle montre Shiva de la tête.

« Le premier Maa. »

Je marquai une pause.

« Saëlle avait raison. Nous sommes là où tout a commencé.

-Mais elle… qui est-elle ? »

Elle montra la dernière statue, celle qui était faîte d’or et d’argent. Je levai la tête pour voir le visage de la statue. Contrairement aux trois autres, elle n’en avait plus. L’or et l’argent avaient fondu et laissé une face lisse qui mettait mal à l’aise.

« Je n’en ai aucune idée. » répondis-je tandis que je fixai la statue sans visage.

Cette statue exerçait sur moi une profonde fascination. Je fermai les yeux. J’entendis alors une petite musique. Quelqu’un chantait. La musique était la même que celle de la chanson d’Ishta mais les paroles étaient différentes. Si la chanson d’Ishta un chant d’espoir, cette chanson là était un chant de haine et de mépris. Mais envers qui ? Je vis des choses mais tout était trop confus. Seule cette musique était claire. Belle au bois dormant m’arracha à ma vision en me tapant sur l’épaule.

« Regarde. » me dit-elle.

Elle me montrait le centre de l’hémicycle. Au centre, se trouvait deux sacs. L’un était un sac à dos noir et l’autre était un sac fourre-tout blanc.

« Mais c’est mon sac ! M’exclamai-je.

-Et le mien. » Ajouta Belle au bois dormant.

Ils n’étaient pas là quand nous étions entrées. Je m’approchai et m’accroupis près de sac noir. Je le pris sur mes genoux.

« C’est incroyable. » dis-je.

Mais ma sœur de sang ne m’écoutait pas. Elle avait renversé le contenu de son sac par terre. Dans ses mains, il y avait un portefeuille qu’elle n’osait pas ouvrir J’ouvris enfin mon sac pour fouiller dedans. Je trouvais d’abord un sachet en papier marron. Je l’ouvris et en déversait le contenu sur le sol. Des pendentifs et des petits sphinx en pierre tombèrent. Je pris les deux pendentifs pour les examiner attentivement. Il s’agissait de cartouche. Je déchiffrai rapidement les hiéroglyphes qui y étaient inscrits. Apparemment, je connaissais bien l’écriture égyptienne. Je lus les cartouche les uns après les autres. Des noms et des paroles me vinrent à l’esprit.

Alex : « Un avantage à connaître des Vampires ? Ah oui ! Et lequel ? »

Marie : « Ishta et toi, c’est assez romantique… cela ferait un roman incroyable. »

Jenny : « Alors c’est quand que tu nous transformes ? »

Ella : « Les Vampires, cela ne peut pas exister voyons ! »

Diane : « Cela fait quel effet de mordre quelqu’un et de sucer son sang ? »

Mais… il y avait encore deux autres pendentifs. Les noms qui étaient inscrits dessus étaient Thalie et William. Les deux pendentifs posés au creux de ma main, je fermai le poing. Je sentis une larme couler sur ma joue. Mais quand elle arriva à ma bouche, je me rendis compte que ce n’était pas une larme de sang. C’était de l’eau. Une larme d’eau… alors que… je ne pouvais pleurer que du sang. Je sentis une présence. Belle au bois dormant était là. Elle vit immédiatement la larme transparente.

« Je croyais… que tu ne pouvais pleurer que des larmes de sang.

-Je sais… »

J’essuyais cette étrange larme puis regardai de nouveau les deux pendentifs. Thalie… William… Qui pouvaient-ils bien être ? Pourquoi mon cœur se serrait-il en voyant ces deux prénoms… Je poursuivis mes recherches. Je sortis une montre que je passais aussitôt à mon poignet puis un poudrier dont le miroir était cassé et enfin une petite trousse à maquillage ainsi qu’un portable et sans oublier… un portefeuille. Je l’ouvris. Des photos tombèrent. Des visages me souriaient. Des visages auxquels, j’étais incapable de donner des noms. Pourquoi est-ce que je me souvenais de leurs voix mais pas de leurs visages ? J’essayai d’identifier les personnes qui se trouvaient sur la photo de groupe. Le jeune homme devait être Alex… mais qui était Marie, Jenny, Diane, Ella ? Il y avait aussi deux adolescents d’environ quatorze, quinze ans ainsi qu’une autre fille. Je me concentrai sur elle. Mes sentiments étaient des plus partagés à sa vue… de l’amitié… mais aussi de la rancune… et un profond désir de vengeance.

« De toute façon, il est pourri ton travail ! Entendis-je.

-Faudrait peut être voir à te calmer Éva. »

C’était la voix de Jenny cela.

« Éva… » Murmurai-je.

Qu’avais-je bien pu lui faire pour qu’elle me dise une telle chose ? C’était mon amie… Elle savait pour moi. Elle savait ce que j’étais. J’entendis soudain autre chose… D’abord des pleurs… les miens. Puis un cri de rage qui fut couvert par le bruit du tonnerre. Je sentis de la colère et de la vengeance… encore. J’entendis un hurlement de loup puis le bruit d’un corps qui tombe et enfin… un cri d’effroi qui se mua en un appel à l’aide.

« Ahélya ! Non ! Arrête ! »

Alex… c’est lui qui avait dit cela ! Ahélya… c’était moi ? Était-ce mon prénom ? Il n’avait qu’un seul moyen de le savoir. Je regardai le portefeuille… ma carte d’identité. Je regardai la photographie… Voilà donc à quoi je ressemble. Je n’étais pas encore une Maatan sur cette photo. Je regardai enfin le nom qui était inscrit sur la carte d’identité. Ahélya… c’était donc bien mon prénom.

« Ahélya, dit Belle au bois dormant, plutôt bizarre comme prénom. »

Elle était juste derrière moi et elle regardait par-dessus mon épaule. Je ne l’avais même pas entendu approcher. Je me tournai vers elle.

« Et toi, c’est quoi ? Lui demandai-je. Aurore comme la Belle au bois dormant . A moins que cela ne soit Dawn… C’est bien Aurore en anglais n’est-ce pas ?

-C’est le cas en effet. Mais je m’appelle Sofia et d’après les papiers que j’ai trouvé… je fais des études de droit.

-Sofia… classique. » jugeai-je.

Je rangeais tout ce que j’avais sorti à l’intérieur de mon sac. Je me levai et le passai à mon épaule.

« Nous ne sommes pas ici pour cela, dis-je. Nous devons trouver nos armes : ton sabre et…

-Ton poignard. » me coupa Sofia.

Et ils ne se trouvaient pas ici. Nous sortîmes de ce temple. Devions-nous aller à droite ou à gauche ? Je me dirigeais vers le temple circulaire de droite. Sofia me suivit. ?Nous entrâmes et nous restâmes bouche bées devant ce que nous trouvâmes… Une bibliothèque… Des rayons et des rayons remplis de rouleaux. Sofia s’avança. Elle prit un rouleau et le déplia.

« De quoi parle-t-il ?

-Des Demeures d’éternité, me répondit-elle.

-C’est-à-dire ?

-Nous nous trouvons dans l’une d’elle. La première. Il existe cinq Demeures d’éternité sur la globe… tiens ! Il y en a une en Italie.

-Dis-moi plutôt à quoi elles servent.

-Les Demeures d’éternité conservent en leurs murs les secrets de l’immortalité. Elles sont protégées par les femmes aux sangs mêlés, les…

-Setbemekhats. » Finis-je à sa place.

Qui pouvait bien être ces femmes ? J’avais bien une petite idée mais… je me refusais à croire que… Sofia interrompit mes réflexions.

« En tout cas, dit-elle, ce n’est pas ici que nous trouverons ce que nous cherchons. Sortons. »

Sofia reposa le rouleau et sortit. Je la suivis. Nous nous rendîmes au deuxième temple circulaire qui était en fait… une salle d’arme.

« On dirait bien que nous avons trouvé ce que nous cherchions. » dis-je.

Nous avançâmes. Le Temple où nous nous trouvions n’était pas qu’une salle d’arme. Il s’agissait plutôt d’une espèce de salle de musée. On y trouvait non seulement des armes… mais aussi des vêtements : la tenue de cérémonie des Maatans, celles des Bakshas et enfin les tenues que portaient Saëlle et les autres Maatans la dernière fois que je les avais vues. Tout au fond du temple, deux de ses tenues brillaient d’une lueur étrange. Ils ressemblaient à la tenue de Saëlle mais le haut était légèrement différent. Celui de Saëlle ressemblait à celui des Maatans et possédait de larges manches transparentes tandis que les manches longues de ces deux-là étaient moulantes et recouvraient partiellement le haut et la paume de la main et étaient attachées à une bague d’argent ou d’or que l’on devait passer au majeur. Le pantalon était toujours un pantalon droit mais il était en cuir. La longue écharpe, elle, était toujours en soie. L’une de ses tenues était bleu foncé ou plutôt bleu nuit tandis que l’autre était rouge. Je me rendis soudain compte que ce n’était pas les tenues qui émettaient cette lueur étrange. C’était une chose qui se trouvait sur elles qui en était responsable. A la chaîne d’argent de la tenue rouge était attaché un fourreau en argent que j’aurais reconnu entre mille. Dans le dos de la tenue bleue nuit, on trouvait un fourreau de la même couleur. C’étaient eux qui brillaient. Sofia se précipita vers la tenue bleu nuit tandis que j’accourai vers la tenue rouge. Je me tournai vers Sofia. Elle aussi, elle me regardait.

« Tu es prêtes ? Lui demandai-je.

-Bien sûr que oui. » Me répondit-elle très sûre d’elle-même.

Ma main se referma sur le manche du poignard d’argent tandis que celle de Sofia se refermait sur le manche bleu nuit du sabre. Le manche du poignard s’était aussitôt réchauffé au contact de ma peau froide. Nous sortîmes nos lames en même temps. Je me retournai et regardai ma sœur de sang. Elle regardai son sabre puis me fixa. Elle souriait. C’était comme si j’avais perdu un bras et que je l’avais retrouvé. Je fixai ma sœur de sang et me mis en position… prête à ma battre. Je regardai mon poignard. Il se transforma en sabre. Nous étions à armes égales maintenant.

« Cela te dirait un petit combat ? Proposai-je.

-Plutôt deux fois qu’une. » Répondit-elle.

Nous étions face à face. Nous nous observions sans bouger. Qui attaquerait la première ? Nous nous précipitâmes en même temps. Il y eut des étincelles quand les larmes se rencontrèrent. La puissance que nous avions mise dans nos coups nous propulsa en arrière. Comme des chats, nous retombâmes sur nos pieds.

« Tu te bats bien, dit-elle.

-Et ce n’était que mon premier coup. »

Il n’y en eu pas de deuxième. Au moment où nous allions recommencer, nous fûmes terrassées par quelque chose de bien plus puissant que tout ce que je connaissais. Nous tombâmes à genoux. Que se passait-il ? Des milliers de souvenirs commencèrent à ressurgir en moi. Il y avait des noms… des lieux… des dates… des visages… ainsi que des mots que j’avais oubliés. Un mot surtout ! Un mot qui était des plus importants pour moi. Ce mot, c’était ce que j’étais. Il désignait ma véritable nature car… avant d’être une Gardienne, je suis surtout une… Vampire.