disclaimer : Rien n'est à moi. Tout est à Christophe Paolini.


Chapitre 11 : Le Dragonnier


Dès mon arrivée, Brisingr me demanda où se trouvait son Lié. Il l'avait senti s'éloigner et il se demandait pour quelle raison, il ne l'avait pas emmené avec lui. Je tentai de lui expliquer que c'était un ordre de l'Empereur mais il ne comprenait pas pourquoi l'Empereur avait ordonné une telle chose. On ne devait pas séparer un Dragon et son Dragonnier.

Je finis par renoncer et je m'installai contre lui. Je n'étais pas son Maître mais d'une certaine manière, j'étais liée à lui. J'espérais que ma présence lui mettrait un peu de baume au cœur.

Un bruit attira soudain notre attention. Quelqu'un venait. Je portai la main à la dague que j'avais à ma ceinture.

Eragon !

En le voyant, j'attendais l'assaut de la douleur associé à la promesse que j'avais faite à Morzan. Elle ne vint pas. Après tout, c'était lui qui était venu à moi. Pas le contraire.

Il ne m'accorda pas un seul regard. Ses yeux restaient fixés sur le Dragon de Morzan. Encore une fois, nulle trace de peur en eux. Juste de la fascination et une certaine dose de colère dont j'ignorais toujours l'origine. Eragon n'avait pas peur du Dragon. Pourquoi ?

Il n'avait pas le droit de se trouver ici. Je le lui dis. Il ne m'écouta pas. J'allais donc vers lui. Je le pris par la main pour l'entrainer hors de la grotte, pour l'entrainer loin de Brisingr.

« Il faut partir. »

Mais il reste planté là. Je ne réussis pas à le faire bouger d'un iota.

A ma grande surprise, Brisingr releva la tête pour plonger son regard dans celui d'Eragon.

Je ne comprenais pas. C'était la première fois que je voyais le Dragon de Morzan réagir ainsi face à un étranger. Normalement, il n'acceptait que la présence de son maître ou la mienne à ses côtés.

Et soudain... Soudain, je sentis qu'il était en train de sortir des brumes dans lesquelles il se perdait trop souvent.

Je regardai Eragon. C'était... ça ne pouvait pas être grâce à lui tout de même ? Non ! Impossible !

Je lâchai le Jardinier pour aller auprès du Dragon. Je posai la main sur son front.

« Brisingr ? »

Il ne réagit pas. Il n'avait d'yeux que pour l'homme qui se tenait derrière moi.

Le Dragon cligna plusieurs fois des yeux puis il les ferma pendant un long moment. Lorsqu'il les rouvrit... Seul Morzan réussissait à allumer ainsi le feu de son regard. Moi, je n'obtenais que des cendres ou des flammèches... Et cet homme... Cet étranger...

Je n'étais pas au bout de mes surprises. La voix du Dragon s'éleva.

« Mon acte est impardonnable mais je te supplie de m'accorder ma demande. »

Que voulait-il dire ?

« Pardonne-moi pour la mort de Saphira. »

Saphira... Saphira... J'avais déjà entendu ce nom...

Je fixai Eragon. Son regard était toujours plongé dans celui du Dragon. Une larme se mit soudain à couler sur sa joue. Je m'approchai de lui. Je percevais tellement de tristesse et de douleur en lui... Je voulus scruter l'intérieur de son esprit mais les remparts étaient toujours là. Malgré la tristesse et la douleur, Eragon réussissait à tenir la bride à ses pensées.

Je levai la main. Mais pas seulement pour essuyer la larme sur sa joue. J'y posai la main parce que j'espérais que ce contact me permettrait de franchir les barrières qu'il avait érigé autour de son esprit.

Qui es-tu Eragon ?

Il me regarda enfin.

« Saphira. » murmurai-je.

Les barrières laissèrent enfin échapper quelques choses. Ce fut fugace mais je réussis tout de même à le saisir. Quelques images et beaucoup d'émotions... Joie... Plaisir... Tristesse... Douleur... Haine... Tellement de haine...

Je me souvenais maintenant où j'avais entendu ce nom. Brisingr et Morzan... Brisingr quand il me racontait le temps des Dragonnier. Morzan lorsqu'il maudissait les Vardens. Ce nom était toujours associé à un autre. Dans mon esprit, ils en étaient même devenu inséparables. Comment avais-je pu ne pas m'en souvenir plus tôt ? L'un ne pouvait aller sans l'autre. Un Dragon était inséparable de son Dragonnier.

Saphira... Et Brom...

« Le changement viendra à vous sous la forme d'un dragon ou d'un dragonnier. »

Il était donc là, juste en face de moi, ce Dragonnier qui me changerait... Je me mis à rire nerveusement tandis que je me rappelais ce que m'avait dit Solenbaum lors de mon dernier séjour à Teirm.

« Le Dragonnier qui se cache derrière un autre. »

Jusqu'à maintenant, la prédiction d'Angela l'herboriste n'avait été qu'un petit caillou dans ma botte. Il était là mais il ne m'empêchait pas d'avancer et maintenant... Oh maintenant ! Le Dragonnier, le Changement, était là, sonnant le Glas pour mon enfant et moi.

Mes larmes coulèrent. Le Dragonnier m'attira contre lui.

« Selena calme-toi je t'en prie. »

Je levai la tête pour regarder l'instrument de ma mort... J'aurais dû le haïr. Si celui qui avait réussi à réunir les Rebelles à l'Empire sous une seule et même bannière était là, cela n'annonçait rien de bon pour Morzan et moi...

J'éclatai de nouveau de rire. A Teirm, j'avais appris qu'un agent des Vardens devait s'infiltrer dans le Domaine pour me tuer. Je me sentais réellement flattée en voyant de qui il s'agissait.

« C'est toi qui dois me tuer. » réussis-je à dire entre deux éclats de rire.

L'air qu'il arbora en entendant cette phrase m'aurait fait mourir de rire si je n'avais pas déjà été complètement hilare.

Un rugissement menaçant se fit entendre.

Mon futur meurtrier se tourna vers le Dragon.

« C'est la Main Noire que je dois tuer. » lui dit-il.

« Elle est la Main Noire » répondit Brisingr.

« Je le sais bien. »

Il était triste. Encore. Pourquoi ? J'étais son ennemie après tout. Me tuer ne devait pas lui poser de problème.

« Et je devais aussi séduire la compagne de Morzan pour la retourner contre lui. C'est ce qu'elle est également. » ajouta le Dragonnier.

Je le regardai sans comprendre.

« Je pourrais te laisser le choix Selena. Tu es la Main Noire. Tu es la Compagne du Parjure. Que préfères-tu ? La mort ou la trahison ? »

***********

Elle riait toujours. Les larmes s'étaient taries mais elle continuait de rire et ce rire frisait la folie. Je devais l'arrêter.

« Je pourrais te laisser le choix Selena. Tu es la Main Noire. Tu es la Compagne du Parjure. Que préfères-tu ? La mort ou la trahison ? »

Plus aucun rire. Ses yeux gris, encore brillants de larme, se posèrent sur moi.

Elle me gifla.

Je la laissai faire. Je le méritais.

« En souvenirs de nos conversation, je ne te dénoncerais pas à Morzan mais si tu t'approches de moi ou si j'apprends que tu poses des questions, je te tue. »

Elle quitta la grotte sur ses mots.

« Tu fais d'habitude preuve de plus d'intelligence Argetlam. »

Je regardai le Dragon.

« Ne t'adresse pas à moi comme si nous étions amis. »

« Nous l'avons été pourtant. » répliqua-t-il d'un ton empli de regret.

Cette phrase m'atteignit plus que je ne l'aurais cru. Comme lui, j'aurais voulu retrouver notre passé. La Tour me manquait. Les autres me manquaient. Elle me manquait.

Mais la colère reprit rapidement le dessus. Si nous en étions là, c'était en partie à cause de lui. S'il avait raisonné Morzan... S'ils n'avaient pas suivi Galbatorix...

« Elle ne te dénoncera pas à Morzan mais moi, je peux le faire. »

J'observai longuement le Dragon. Je le connaissais bien. Il voulait quelque chose...

« Que veux-tu ? » Lui demandai-je

« Mon nom ! Je veux redevenir celui que j'étais ! Je suis un Dragon ! »

La reste de sa phrase se perdit dans un rugissement de rage.

Je soupirai. Cette demande, je ne pouvais pas la lui accorder. Il le comprit sans que j'eus besoin de lui répondre.

« Dis-moi le sort qu'ils ont utilisé en ce cas. »

« Du Namar Aurboda Dragon. » répondis-je.

Il cligna plusieurs fois des yeux. Il était en train de perdre pied.

« Ce que tu veux savoir sur elle, je peux te l'apprendre. » déclara-t-il après un long silence.

Connaissant ce vieux lézard, ça n'allait pas être gratuit.

« Je ne ferais pas part de ta présence à Morzan et je te dirais comment la Main Noire a commencé à douter et à changer mais en échange... »

« En échange ? »

« Tu as une dette envers moi Argetlam. Un jour je te demanderais quelque chose et tu devras le faire. »

« Et quelle est cette chose ? »

« Tu ne le sauras que lorsque je te le demanderais. »

Je pesai le pour et le contre pendant un long moment.

« Raconte-moi... Brisingr. »

...